‹ Montaigne, études et fragments;Chapitre 37 sur 55 · Essais, liv. III, chap. i; t. IIl» p · texte numérisé non relu

Essais, liv. III, chap. i; t. IIl» p

Si Montaigne se dit citoyen du monde, ce n'est pas pour s'attacher à l'humanité, c'est pour se détacher de sa patrie et de son temps.

u Je n'accuse pas un magistrat qui dorme, pourveu que ceulx qui sont sous sa main dorment quand et luy *. » Richelieu se félicitait de voir tant d'honnêtes gens « dormir sans crainte à l'ombre de ses veilles ». Il veillait, lui, parce qu'il voulait assurer aux autres leur sommeil du lendemain. Montaigne se borne à mettre à profit, comme ses administrés, le répit delà nuit présente. Il loue, il savoure cette imprévoyance; c'est précisément le contraire de l'esprit politique.

En politique, Montaigne n'avait guère qu'une idée nette et juste : il était partisan décidé de la monarchie, et dans les conflits terribles de son temps, en face des nouveautés prodigieuses qui l'assiégeaient de toutes parts et dont il ne mesurait pas lui-même la portée, malgré les fautes, les faiblesses, les crimes mêmes des rois sous lesquels il avait vécu, il ne voyait que dans la royauté un point de ralliement pour les gens sensés et une force suffisante contre les assauts des partis.

Montaigne était résolument royaliste, non seulement par engagement d'honneur, par fidélité de

Page 1