‹ Montaigne, études et fragments;Chapitre 8 sur 55 · PRÉFACE. XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XV

séduisant comme tout ce qu'il écrit; mais cassez donc récorce des mots et voyons ce qu'il y a au fond de ces propos charmants. Ce qu'il y a? Ce dialogue : « Quefaut il apprendre aux enfants? — Heu! mon Dieu! Ce qu'il faut apprendre aux enfants?... Eh bien, rien du tout! — Hé? — Oui, rien. Quand je dis rien... Rien, comme vous pouvez penser, veut dire rien, ou peu de chose. Il faut les regarder apprendre; les y exciter, un peu, oh! très peu; les guider, insensiblement, oh! d'une façon tout à fait insensible. On n'est pas assez sûr que ce qu'on leur apprendra ne sera pas précisément ce qu'il aurait convenu qu'ils ignorassent; et que la direction qu'on veut leur donner ne sera pas celle que leur nature d'esprit leur défend précisément de prendre. Aussi y faut-il une prudence extrême, et une circonspection qui doit aller pr<îsque jusqu'au laisser-faire et quasi jusqu'à ne faire rien. Laissez-les trotter devant vous. Je vous assure qu'ils trottent bien. »

Et c'est avec ce rien qu'il a fait un traité d'éducation où il y a tant de talent qu'il a l'air de quelque chose.

Et à prendre les Essais tout entiers comme un livre d'éducation pour les hommes, le profit qu'on en peut tirer est à très peu près le même. Et du reste il est ravissant et l'on donne la mesure de son

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