‹ MontaigneChapitre 52 sur 100 · Lui manque · texte numérisé non relu

Lui manque

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dans de prof< nu-

maine ii«- peut pénétrer, ^i avouai lei unes cho-

|)lu^ \ raisemblablea que les autres, « leur jugçmenl cette faculté de se pouvoir incliner plu - - toi à une apparence qu'à une autre. IU lui penn< « cette propension, lui défendant toute résolution, l i des Pyrrhoniens est plus hardi, et quant el quant tx

coup plus véritable et plus ferme :cai inclination

o Académique el cette propension A une proposition » plus tôt qu'à une autre, qu'est-ce autre chose que « la reconnaissance de quelque plus ap] érité

en celle-ciqu'en celle-là ? Si notre entendement s « pable de la forme, des linéaments, du port e1 du via <( de la vérité, il la verrait entière aussi bien que dei « naissante et imparfaite. Cette apparence de vérisimili- « tude qui les fait pendre plus t qu'à droite

« multipliez-la, augmentez-la; cette once de vérisimili- « tude qui incline la balance, augmentez-la de cent, de « mille onces1, il en adviendra en lin que la balance « prendra parti tout à fait, et arrêtera un choix et une « vérité entière. Mais comment se laissent-ils plier à la k vraisemblance, s'ils ne connaissent point le vrai ? Com- « ment connaissent-ils la semblance de ce de quoi ils ne

1. Le problème du passage de la vraisemblance à la certitude a été bien curieusement exposé et résolu par un ami de Pascal. Filheau de La Chaise. qui était, je crois, en cela, linterprete de la pensée de Pascal. Voir mon ouvrage sur Pascal et son temps.

« connaissent pas le corps et l'essence? Ou nous pouvons « juger tout à fait, ou tout à fait nous ne le pouvons a pas. Si nos facultés intellectuelles et sensibles sont <( sans fondement et sans pied, si elles ne font que flot- « ter et vanter, pour néant nous laissons nous emporter « notre jugement à nulle partie de leur opération, « (juelque apparence qu'elle semble nous présenter : « et la plus sûre assiette de notre entendement, « et la plus heureuse, ce serait celle-là, où il se main- » tiendrait rassis, droit, inflexible, sans branle et sans citation. »

Que « nos {'acuités intellectuelles et sensibles » soient t « sans fondement et sans pied », qu'elles ne fassent « que llotter et venter », voilà le but auquel, à travers Théophraste et les Académiciens, Montaigne tendait. Il va prouver sa thèse non plus en peignant « cette infinie (•'>nriision(roninjonsuc[ui se voit entre les philosophes mêmes, et ce débat perpétuel et universel en la connaissance des choses », mais m étudiant les facultés mêmes / de L'homme.

11 s'agit d'abord de la faculté de juger du vrai et du Laux ()r dous pouvons constater « le trouble que notre jugement noua donne à uous-même, et L'incertitude que chacun ><Mit(7ui soiSn« Combien diversement jugeons- « nousdes choses? Combien de fois changeons-nous nos « fantaisies.' Ce que je tiens aujourd'hui, et ce je que « crois, je le tiens et le crois de toute ma croyance; tous « mes outilset tous mes ressorts saisissent cette opinion, m et m'en répondent sur tout ce qu'ils peuvent; je ne « saurais embrasser nulle vérité ni conserver avec plus

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a de ton e que je fais * ette ci : j atier.

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fois, mais cent, mais mille, et loua lei jours, d

voir emb quelque autre choei

instruments, en cette même condition, i

jugée fausse l hr il n'es! pas merveille i ments se démentent, étant n aisés â Ln< liner et Ire

par bien Légères occurrences. Nous voici de la sorte dans la thèse générale :

« Il est certain que notre appréhension, notre ji ment, et les facultés de notre Ame en général, ni

selon les mouvements <'t altérations du corps, lesquell altérations sont continuelles. Il esl certain aussi que « les secousses et ébranlements que notre Ame reçoit p « les passions corporelles, peuvent beaucoup, lea - « propres peuvent encore plus auxquelles elle es si fort « en butte qu'il est, à l'aventure, soutenable qu'elle n'a « nulle autre allure et mouvement que du souffle « ces vents ».

Montaigne est ici dans sa meilleure veine : parlant tantôt de nous, tantôt de lui, il nous fait assister à ces continuelles mutations que les passions impriment à notre créance, comme le vent à la girouette : et par un retour au thème initial, il nous enseigne à nous défier des doctrines nouvelles : « Ptolemeus, quia été un i:rand « personnage, avait établi les bornes de notre monde. « Tous les philosophes anciens ont pensé en tenir la « mesure, sauf quelques îles écartées qui pouvaient « échapper à leur connaissance. C'eut été pyrrhoniser. il « y a mille ans, que de mettre en doute la science de la

« cosmographie, et les opinions qui en étaient reçues « d'un chacun. Voilà, de notre siècle, une grandeur infi- « nie de terre ferme, non pas une île ou une contrée par- « ticulière, niais une partie égale à peu près en grandeur à celle que nous connaissions, qui vient d'être « découverte. Les géographes d'à cette heure ne faillenl pas d'assurer que meshuy tout es! trouvé et que tout <( est vu. Savoir mon, si Ptolomée s'y est trompé autre- « fois sur les fondements de sa raison, si ce ne serait « pas sottise de me fier maintenant à ce que ceux-ci en disent. »

Au passage nous venons de faire une nouvelle constatation sceptique : il n'y a pas que nous qui changeons, le domaine de notre observation change aussi. Voilà pour le jugement proprement intellectuel.

Kl le jugement moral? Anra-t-il, lui, quelque solidité? « Si c'est de nous que nous tirons le règlement de nos mœurs, à quelle confusion nous rejetons-nous? Car, ce que notre raison nous y conseille de plus vraisemblable, c'est généralement à chacun d'obéir aux Lois de son pays. Kt par Là, «pic veut-elle dire, sinon que (( notre devoir n'a d'autre règle que fortuite? Il n'y a « lion sujet à plus continuelle agitation que Les lois. Depuis que je suis né, j'ai vu trois ou quatre fois rechançer celles des Anglais, non seulement en sujei politique, qui -i celui qu'on veut dispenser de constance, mais « au plus important sujet qui puisse être, à savoir de la « religion... Je ne puis avoir le jugement si flexible. Quelle « bonté est-ce e1 quelle droiture, que je voyais hier

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