Encore un argument célèbre de la Sceptique grecque
il SCEPTICISME DE MONTAIGNE. 179
« égales par tout; la loi de parler et pour et contre est « pareille. Leur mot sacramentel, c'est l-iyu). c'est-à- << dire : je soutiens, je ne bouge. Voilà leurs refrains, et « antres de pareille substance. Leur eflect, c'est une pure, entière et très parfaite surséance de jugement. « Ils se servent de leur raison pour enquérir et pour dé- « battre, mais non pas pour rien arrêter et choisir. Qui- « conque imaginera une perpétuelle confession d'igno- « rance, un jugement sans pente et sans inclination, à
• quelque occasion que ce puisse être, il conçoit le Pyr- « rhonisme. J'exprime cette fantaisie autant que je puis,
parce que plusieurs la trouvent difficile à concevoir « et les auteurs mêmes la représentent un peu obscuré- < ment et diversement.
;< Quant aux actions de la vie, ils sont en cela de la f <( commune façon. Ils se prêtent et accommodent aux in- « clinations naturelles, à l'impulsion et contrainte des « passions, aux constitutions des lois et des coutumes, et
i la tradition des arts. Ils laissent guidera ces chosc>- « là leurs actions communes, sans aucune opination ou
• jugement. Oui tait que je ne puis pas bien assortir à h ce diseours - e que Laertins dit de la vie de Pyrrho, et <( à quoi Lucianus. Aulus (iclliusct autres semblent s'in-
Liner : car ils le peignent stupide et immobile, prenant « un train de ne farouche et inassociable, attendant le (( heurt des charrettes, se présentant aux précipices, refu- - ml de s'accommoder aux loi-. Cela est enchérir sur sa « discipline. Il n'a pas voulu se faire pierre ou souche; « il a voulu se faire homme vivant, discourant et raisonnant, jouissant «le tous plaisirs et commodités natu-
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relies, emb< it<^ -»••. j»;
corporelles e( spirituelles. Le» privilèges fantastiqa< « imaginaires et faui «|n<- L'homme de
juger, de connaître, A ir, «I ord >nner, 'I i * tblir,
» il Les a de bonne foi rei
H ii est rien en humaine invei où il 3 ait I
« de vérisimilitude el d'appareil ute
<( L'homme nu ei vide, reconnais ble^ç. n.i
relie, propre à recevoir d'en haut quclqai in-
« gère, dégarni d'humaine science, et d'autant plus apte « à loger chez soi La divine instruction 1 « n'établissant nul dogme, et s'exemptant, par as - « quent, des vaincs ei irréligieuses opinions introdui « par l(\s autres sectes. Accepte, dit I si ste, en
« J)onne part les choses au visage et au goût qu'el « présentent à toi du jour à la journée : Le demeurant « est hors de ta connaissance
Tel est le scepticisme de Montaigne. On voit qu'en un sens il est radical, et qu'il ne peut être poussé plu> loin, mais qu'en un autre sens, il s'accorde avec certains ju»- ments et certaines affirmations générales. La raison abstraite, l'élaboration de la science, et ce qu'on appelle la pensée pure, n'a pas d'ennemi plus grand que Montaigne; la sagesse pratique, la vertu, le bon sens, le cernement, je dirai presque la connaissance de chaque chose une à une, d'instant en instant, le perpétuel mouvement de l'esprit, qui ne s'arrête jamais, toujours actif, toujours renouvelé, toujours inventif, voilà ce qu'exalte le scepticisme de Montaigne. Et tout cela, je le désignerai d'un mot, c'est la Ubre-pensécdL
Ce mot a pâti d'une mauvaise fortune, et L'idée qu'il exprime naturellement, en a pâti avec lui. La libre-pensée désigne, de par l'usage, un ensemble d'affirmations et de négations souvent violentes, toujours catégoriques. C'est bien à tort. La pensée chrétienne, le contraire de cette libre-pensée, est, dit-on, asservie à certains besoins qui lui sont naturels, qui constituent son tempérament; elle est asservie à cerl aines affirmations, qui, elles aussi, lui sont nécessaires, qui constituent son a liment : elle n'est pas libre-pensée : soit, quoique ton! à l'heure nous ayons a contredire! La pensée antichrétienne, parlons franc : anticléricale, est asservie à d'autres besoins contraires, qui constituent également son tempérament, à d'autres affirmations opposées qui constituent son aliment. Elle n'est pas davantage librepensée; mais elle s'appelle libre-pensée.
VA cependant la libre-pensée digne de ce nom, ce qui est vraiment pensée libre, est forcée d'en emprunter un autre qui a mauvais air et mauvaise réputation, et de s'appeler scepticisme. Mais sa vraie essence n'est pas la vulgaire négation, ou Le doute vulgaire, c'est bien la I iberté de La pensée, de la pensée qui n'est asservie à rien, pas même i ses décisions antérieures, qui n'est jamais une machine — intelligente tant qu'on voudra — développant selon des moyens infaillibles Les conséquences nécessaires de principes certains. Et c'est la libre-pensée de Montaigne.
On s étonnera sans doute que dans ces dispositions, Montaigne puisse être ami de la religion, ennemi de
189 iONTAlGM.
la science M.iis jiisli im-nl s.ius .'tir pi !i-
librc la
i elig ion, <|ui même lui est uéi
I ei tes la religion catholique mip<>-
fions : et, en aucun cas, la foi ne \ ■• i éduii •
que la bonne volonté; il 5 faut un acte intellectuel ; même
l'article de La mort, si le p - onia ml déaire I
téme, Le prêtre ne cédera pa 1, tant que le mou-
rant n'aura paa fait acte explicite d'adhésion au moins aux dogmes de la Trinité ei de rincarnation N il pas détruire la liberté de la pei 1
Illusiuii : Ces dogmes, pas plus qu'un thème musii n'enchaînent la pensée; ils lui donnent seulement une teinte <it une direction. Un Dieu <'n troii une formule que, selon notre expérience individu» I îmus pouvons remplir d'une infinité de rentes : car n'est-ce pas une infinité de sens qui prendre ces mots mystérieux de Dieu et de p ne?
L'Église me permet de mettre sous ces mots toute La de mon âme; la seule chose qu'elle m'interdise, c'esl de I donner de ces mots une définition claire, qui en élimine le mystère, c'est-cà-dire qui en épui-e la fécondité et la capacité. L'Église — si l'on veut — enchaîne le corps et le cœur; elle laisse libre la pensée, du moins la pende ceux qui veulent rester libres. Mais en même temps elle fournit à la conduite, au sentiment, au rêve, les aliments et les directions nécessaires : et cela sans faire appel au dogmatisme de la raison, et par la foi seule.
II en va tout autrement de la science. Elle laisse libre mon corps et mon cœur, sous la seule réserve de l'utile.
Mais elle contraint mon esprit, avec une force infaillible cl inflexible. Ce qu'elle m'enseigne est parfaitement clair, a un sens achevé et précis : quels que soient mon passé <'t mon expérience, quelles que soient mon imagination et ma sensibilité, les affirmations de la science ont toujours le même contenu, pour moi; hier, demain, à jamais, elles signifient la même chose et pour tons les hommes. Hier, demain, à jamais, elles s'imposent; si j'y résiste, j'ai l'esprit faux, je suis un sot, je suis un fou. C'est, pour l'esprit, l'obéissance ou la mort.
lu libre-penseur, un vrai, peut donc être en matière * de religion un croyant; il ne peut pas être un croyant en matière de science. S'il cultive la science, ce qui n'est pas contradictoire, il gardera en lui-même un sentiment de détachement vis-à-vis de ses spéculations : à peu près le sentiment qu'exprimait si curieusement M. Poincaré.
Quoi qu'il en soit, et pour revenir à notre point <lc départ, la raison qui affirme et le dogmatisme qui enchaîne ne sont pas plus nécessaires à l'exercice <de-la de la pensée, qu'ils n'étaient nécessaires à la conduite c'est-à-dire à la vertu et au bonheur.
Reste à justifier l'attitude sceptique. Montaigne y travaille désormais. L'attitude sceptique, mais c'est l'attitude de tout le monde, même des dogmatiques. Il les convainc de n'être que des sceptiques déguisés.
En effet, les dogmatistes eux-mêmes, s'ils ne « font
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ils «.ut beluté Les sujets, qui ft gauche, qui I des chacun se travaillant à \ donner quelque et à droit. Croyez vous qu Lis soient dupes d< jectures vaines el faibles » qu'ils viennent P
si sots! Par exemple : «• Qu'est-il de plus vain que vouloir régler Dieu et le monde à noti icité et
lois, et nous servir aus dépens de la divinité de ce petit échantillon de suffisance qu'il lui a plu départir à m naturelle condition ?
Sont-elles donc croyables, 1< eptionsdei £ma-
tistes sur l'essence de l'être éternel? a Quand nous dis »ns que l'infinité des siècles, tant p issés qu â venir, n - Dieu qu'un instant, que sa bonté, sapience, puissant même chose avec son essence, notre parole le dit, mais notre intelligence ne l'appréhende point. Et tout»-; s notre outrecuidance veut faire passer Dieu par notre étamine : et de là s'engendrent toutes les rêveries et erreurs desquelles le monde se trouve saisi, ramenant et pesant à sa balance chose si éloignée de sa suffisance ».
Sur ce point Montaigne s'est laissé un peu emporter : d'autant que l'occasion lui est bonne pour atteindre en passant les huguenots, les emiemis de Raymond Sebond et les adversaires de la Présence Réelle. Revenu au sang-froid, plus sobrement, plus nettement aussi, il nous dira maintenant que les dogmatistes n'ont pu donner pour
vérité assurée leurs inventions touchant « les choses humaines H naturelles ». Ce sont des sceptiques déguis
u Tout ainsi que les femmes emploient des dents d'i- « voire où les leurs naturelles leur manquent, et, au « lieu de leur vrai teint, en forgent un de quelque ma- « tière étrangère, comme elles font des cuisses de drap « et de feutre, et de l'embonpoint de coton, et, au vu <( et su d'un chacun, s'embellissent d'une beauté fausse <( et empruntée : ainsi fait la philosophie. Klle noua « donne en paiement et en présupposition les choses « qu'elle-même nous apprend être inventées : car, ces « épicycles excentriques, concentriques, de quoi l'astro- « logie s'aide à conduire le branle de ses étoiles, elle « nous les donne pour le mieux qu'elle ait su inventer « en ce sujet; comme aussi en la plus part du reste, la « philosophie nous présente non pas ce qui est, ou ce « qu'elle croit, mais ce qu'elle forge ayant plus d'appa- « rence et de lustre. »
Cela dit, voici une attaque plus directe : « Ces gens « ici. qui trouvent les raisons de Sebond trop faibles, 1 « qui n'ignorent rien, qui gouvernent le monde, qui sau vent tout, d ont-ils pas quelquefois sondé, parmi leurs « livres, les difficultés qui se présentent à connaître « leur être propre? »
C'est le coup droit. Si le dogmatique sait quelque chose, il doit savoir ce qui est le plus proche de lui, il doit se connaître lui-même. Peut-il se flatter de se connaître? Pour rendre irrésistible cette botte, Montaigne indique la parade et l'inutilité de la parade. La question rst résolue, répondent les dogmatistes, personne
186 non i nom .
ne la débat plus. \ tort, 1 6 pond '
la plupart des opinions de - bomi i à
u la suite d< u< ienm lit,
comm< i r- ion e( loi ; on i ■■ comn* un
jargon ce qui en i amunénu d : : on reçoit
(•cit.- \ érité avec tout Bon bâtimenl
uments et de preuves, comme an so-
<( lide qu'on n'ébranle plus, qu'on ne juge plus. Au « contraire, chacun à qui mieux mieui ,;i pi et
« confortant celle créance reçue, «le toul ce que peut - 1 « raison, qui est un outil souple, c< table, i
« commodable à toute figure, Ainsi se remplit le m « et se confit en fadesse ci en mens i - Ce qui I « qu'on ne doute de guère de chos is, [ne, les coin-
ce mimes opinions, on ne les jamais; on n
« sonde point le pied, où -it ta faute e la fait n « on ne se débat que sur les branchi - ide
« pas si cela est vrai: mais s'il a été ainsi ou ainsi ence tendu; on ne demande pas si Galien a rien dit qui « vaille, niais s'il a dit ainsi ou autrement. ■ C'est le grand mal et le danger des écoles où « on ne débat « rien pour le mettre en doute, mais pour défendre « Aristote des objections étrangères ». Et la conclusion nous ramène au sujet essentiel : « Chaque science a - - « principes présupposés, par où le jugement humain « est bridé de toutes parts. Si vous venez à choquer « cette barrière, en laquelle gît la principale faiblesse « fausseté, ils ont incontinent cette sentence en la boute che, qu'il ne faut pas débattre contre ceux qui nient « les principes : or n'y peut-il avoir des principes aux
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« hommes, si la divinité ne les leur a révélés. i>e tout « le demeurant, et le commencement, et le milieu, et « la fin, ce n'est que songe et fumée. A ceux qui com- < battent par présupposition, il leur faut présupposer « au contraire le même axiome de quoi on débat. Car « toute présupposition humaine et toute éuonciation ;i
autant d'autorité Tune que l'autre, si la raison n'en « fait la différence. x\insi il les faut toutes mettre à « la balance, et, premièrement, les générales et celles « qui nous tyrannisent. Il faut savoir si le feu est chaud, « si la neige est blanche, s'il n'y a rien de dur ou de <( mou en notre connaissance. »
Ou s'attend sans doute à voir Montaigne reprendre ici les discussions célèbres des Pyrrhoniens et de Scxtus Empiricus. Mais il dédaigne peut-être toute cette argumentation où les subtilités Logiques ont tant de part. Il passe; et pour en finir d'un seul coup avec toutes les objections, il examine celle-ci, qui est purement de bon
-Cils.
<( Et, quand à ces réponses de quoi il se fait des contes anciens; comme à celui qui mettait en doute la « chaleur, qu'on répondait qu'il se jetât dans le feu; à « celui (jui niait la froideur de la glace, qu'il s'en mit « dans le sein : elles s<»n! très indignes de la profession « philosophique, s'ils aous eussent laissés en notre état <( naturel, recevant les apparences étrangères, selon u qu'elles s*4 présentent à nous par nos sens, et nous m (Hissent laissés aller après QOS appétits simples et ré- Lés par la condition de notre naissance, ils auraient « raison de parler ainsi; mais c'est d'eux (pie nous
188 Mo\ I U'.M
avons appris de nous rendre ju^çes du monde 'i .1, que nrnis ten 1 1 « -#- . « jii*- la raison I
maine esl contrôleuse de de tout
dehors et au dedans de la voûte céleste; q ui emb » tout, qui peut tout ; sans laquelle rien ne se sait, ri qi connaît, rien ne se voit. I Jette : épon bonne parmi Les Cannibales, qui coûtent l'heur d'une « longue vie, tranquille et p dsible, sans l< « d'Aristote et Bans la connaissant i du nom de le phi- « Losophie. Celte réponse vaudrait mieux à l'av< « aurait plus de fermeté que toutes celles qu'ils em- « prunteront de leur raison et de leur inventioi l» « cette-ci seraient capables avec nous tous les anima « et tout ce où le commandement est encore pur et sim- « pie de la loi naturelle. Mais eux, il- vont renoncé. Il « ne faut pas qu'ils me disent : il est vr c vous le
« voyez et sentez ainsi. Il faut qu'ils me «lisent - [ne
« je pense sentir, je le sens pourtant en <■! . si je
« le sens, qu'ils me disent après pourquoi je le a « comment, et quoi; qu'ils me disent le nom, L'origû « les tenants et aboutissants de la chaleur, du froid, « les qualités de celui qui agit et de celui qui souffre : a ou qu'ils me quittent leur profession, qui est de <( recevoir ni approuver rien que par la voix de la rai- « son. C'est leur touche à toutes sortes d'essais; mais, « certes, c'est une touche pleine de fausseté, d'erreur. « de faiblesse et de défaillance. »
La preuve n'en va pas tarder : car. après avoir écarté ces objections préalables Montaigne touche au fond de sa thèse : il reprend sa question : « Qu'est-ce que l'hu-
maine raison nous a appris « de soi et de l'âme »? L'humaine raison est ici représentée par les philosophes de l'antiquité. Quant à la réponse que se fait Montaigne, la
voici après une longue série de preuves qu'il est inutile de 'rapporter :
« Kn voilà assez pour vérifier que l'homme n'est non * plus instruit de la connaissance de soi en la partie corporelle qu'en la spirituelle. Nous l'avons proposé luimôme à soi et sa raison à sa raison, pour voir ce qu'elle nous en dirait. Il me semble assez avoir montré combien peu elle s'entend elle-même. »
En somme, dans tout ce qui précède, Montaigne a beaucoup moins détruit "qu'il n'a édifié : et cette dernière partie qui semble toute négative, est positive à sa manière : elle achève de nous montrer que l'attitude préconisée par Montaigne est seule raisonnable et qu'on ne s'en départ point sans sottise. Mais voici venir quelque chose de plus redoutable.
Ce qui suit de V Apologie est précédé d'une véritable préface qu'il faui citer.
\<>us, pour qui j'ai pris la peine d'étendre un si « long corps, contre macoutume, ne refuserez point de « maintenir votre Sebond par la forme ordinaire d'argumenter de quoi vous êtes tous les jours instruite, « et exercerez en cela votre esprit et votre étude : car « ce dernier tour d'escrime ici, il ne le faut employer que comme un extrême remède; c'est un coup déses-
péré, auquel il faut abandonna rn p
. perdi o .1 \ otrc adi ersaire le i ienn< - c'est an !
. secret, duquel il se faut s<t\ ir r n ni <•' i • « menl ; une - rande témérité que d<
(i perdre vous-mêmes, pour perdre quant • trui. Nous secouons ici les limites et dernièi i .. des sciences, auxquelles I extrémii
comme en la vertu.
• .•■ « dernier tour d'escrime >up ■ ]•'
cette botte - secrète • . c'est la péripétie décisive d ins l< progrès du doute ou nous venons d'entrer. Oo voit que Montaigne oe s \ décide pas sans quelque précaution ni, peut-être, quelque inquiétude. Kn «-fret, il mainte-
nant de prouver, non pas seulement que les homi sont pas arrivés à la certitude, mais encore qu'ils ne peuvent pus de tonte impossibilité y arriv< rellement par La révélation.
Habile et subtil comme toujours, et préoccup toujours de voiler sous d'ingénieuses transition- . - int> de sa dialectique, Montaigne feint d'abord de poursuivie le même ordre de discussion. Il s'est attaqué aux d matistes; il citera maintenant devant nous les diminutifs de dogmatistes, et ainsi il nous mènera au point par où il veut entreprendre sa nouvelle thèse.
Il y a en effet des diminutifs de dogmatistes : ■ TL « phrastus, écrit Montaigne, disait que l'humaine con- « naissance, acheminée par les sens, pouvait juger des « causes des choses jusqu'à certaine mesure, mai- que, o étant arrivée aux causes extrêmes et premières, il fallait « qu'elle s'arrêtât, à cause de sa faiblesse ou de la diffi-
a culte des choses. C'est une opinion moyenne et doix ••. « que notre suffisance nous peut conduire jusqu'à lacon- « naissance d'aucunes choses et qu'elle a certaines me- . sures de puissance, outre lesquelles c'est témérité de « l'employer. » Ce dogmatisme limité ou ce scepticisme mitigé ne conviennent pas à Montaigne : pourquoi « s'arrêter plutôt à mille pas qu'à cinquante »? D'ailleurs, « L'homme est capable de toutes choses, comme d'aucu- « nés; et s'il avoue, comme dit Théophrastus, L'ignon rance des causes premières et des principes, qu'il me « quitte hardiment tout le reste de sa science; si le fonde- « ment lui faut1, son discours est par terre : le disputer « et L'enquérir n'a autre but et arrêt que les principes. « Si cette fin n'arrête son cours, il se jette à une irréso- « lution infinie. Or il est vraisemblable que si l'Ame sa- « vait quelque chose, elle se saurait premièrement elle- « même ; et si elle savait quelque chose hors d'elle, ce « sérail son corps et son estuy, avant toute autre « chose. »
A l,i suite de ces diminutifs (le dogmatique, Montaigne trouve des dog matiques encore plus atténués, et de ceuxlà non plie-, il ne s'accommode pas.
Les Académiciens recevaient quelque inclination de jugement et trouvaient trop cru «le dire qu'il n'était pas ■< plus vraisemblable que la neige fui blanche que noire, i que nous ne fussions mm plus assurée du mouvement d'une pierre qui pari de noire main que de celui « de la huitième sphère. Kt, pour éi iter cette difficulté et