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CHAPITRE V

i. Les voyagea et la Mairie de Montaigne. — 11. - que

l'homme? — III. De la société et de la conversation. — IV. Comment le sage prend part aux affairée publiques. - V. Le un conservateur.

La résolution que prit Montaigne en 1580 d'arrêter ces sept ou huit ans d'études sur soi-même et de faire imprimer les Essais, témoigne qu'il se croyait à la fin d'une étape de sa vie, et peut-être à la fin de sa vie. Il était arrivé, en effet, au but qu'il s'était donné. Il avait conquis ce qu'il avait ambitionné de sagesse : il en a assez pour son usage et pour son bonheur ; il en a tout ce que son âme en peut porter; ce qui lui demeure de faiblesse et d'erreur, il le garde, il s'y résigne; et s'il continue à vivre, s'il a à « s'embesogner », ce ne sera plus pour s'amender. « Mes erreurs sont tantôt naturelles et irrémédiables », écrit-il.

C'est là justement le caractère spécifique de sa sagesse : pas plus qu'elle ne ressemble à l'héroïsme qui d'un bond saute à la suprême vertu, elle ne ressemble à la sainteté qui s'accroît, se purifie, s'approfondit indéfiniment : elle est enfermée dans des limites nette-

ment tracées. Montaigne, qui n'est nullement un idéaliste, ne cherchait pas dans la poursuite de la sagesse, à réaliser de plus en plus une image merveilleuse, une idéeAe la perfection; il voulait seulement assurer cette tranquillité de l'âme sans laquelle la vie est empoisonnée. Et, cette tranquillité enlin obtenue, la compromettre par un effort qui dépasserait ses forces, par un enthousiasme qui ne serait jamais accompli, non, il est trop clairvoyant pour se laisser entraîner à de telles folies.

D'ailleurs il a été attaqué par la plus soudaine, la plus douloureuse, la plus irrémédiable de toutes les maladies ; la souffrance qu'il redoutait tant, n'altère pas son repos; il ne craint pas la mort ]; les inquiétudes qu'il éprouvait pour son argent se sont évanouies. Il goûte enfin cette paix de l'aine qui est le fruit de ses travaux, et il ne veut plus que la goûter. Loin de lui, désormais, la tension de la volonté, le raidissement de tout l'être : vivons! Mais c'est avec les hommes qu'on vit; le sage donc va vivre avec les hommes.

Il aimait beaucoup les voyages : sa curiosité naturelle y trouvait un agréable aliment; il estimait que à « se proposer incessamment la diversité de tant d'autres vies, et à goûter une si perpétuelle variété de formes de notre nature » 2, la sagesse s'élargit et s'affermit. Son habitude physique se pliait très bien aux voyages : la mutation

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