Ed. M. et J., t. VI, |>. 1S
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Il a raconté Ini-ml me c< pi 6g rinations : Le récif esi charmant '. C'est aussi le journal de ses maladies, il unie au jour Le jour les effets des eaui : passons! Ma il <lif ce « ï 1 1 i I \ oit, il fail ses observât! ilenl
leur pesant d'or : elles peignent si bien L'Europe, les hommes et Lui-même !
Paris, La Fère, alors assiégé par les armes de Henri III, Soissons,puis Plombières; et 1<- voyageur sort de] En Allemagne et en Suisse, il admire \a manière d< chauffer, avec les poêles : « au moins on ne s'j brûle ni le visage ni les bottes, et on y est quitte des fumées de France »; il admire la manière dont les tournebroches « font aller le rôt mollement et longuement >>,il admire moins les lits « où il n'y a ni rideaux ni linceuls blan< - Et la façon de manger? « Les Suisses n'ont qu'un drapeau d'un demi-pied pour serviette, et le même dmpeau ils ne le déplient pas seulement à leur dîner: et pourtant ils ont force sauces et plusieurs diversités de potages»; manque de délicatesse? Au contraire: ils se servent toujours autant de cuillers de bois, manchées d'argent, comme il y a d'hommes, et ils ne mettent guère la main au plat ». Ces raffinements, auxquels Montaigne n'est pas habitué, le gênent. Il passe à Bàle, à Schaffouse, à Augsbourg; il regarde comme on danse, comme on s'amuse; il regarde même le paysage. A Venise, où il trouve les gens trop soupçonneux, il va
1. Journal du Voyage de Michel de Montaigne. Le manuscrit en fut trouvé par Prunis dans le grenier du château de Montaigne; il a été publié pour la première fois par M. de Querlon, in-4\ Rome et Paris, 1774. Le manuscrit a depuis disparu.
causer avec les gentilsfemmes. Vous le voyez à Ferrare, Bologne, Florence, Rome, enfin; il n'y perd pas son temps à étudier les antiquités; les vivants l'occupent trop,: un jour c'est une visite au pape; une autre fois c'est un possédé qu'on exorcise, ou un bandit qu'on pend; il assiste à une cérémonie juive; il suit les fêtes du carnaval; et encore il s'étonne que chacun ait pour manger une assiette particulière, et une part toute à soi dans cette assiette. Il fait ses dévotions, il est nommé citoyen Homain, il débarrasse sa vessie d'une quantité de pierres et de graviers. Tous ces détails qu'il nous conte avec bonhomie sont traversés d'idées profondes, ou simplement, par leurs replis et leurs racines, vont profondément.
Il y a des voyageurs dont l'imagination est synthétique, qui saisissent la physionomie, qui poursuivent l'âme d'un pays *. Il y a des voyageurs dont l'esprit est philosophique, qui cherchent le secret rapport et l'unité des institutions, des mœurs, de la vie2. Montaigne est comme Ulysse : il a regardé les coutumes, il a fait mieux que les comprendre, ou plutôt il n'a pas cherché à les comprendre ou à les expliquer, il les a suivies, il les a vécues; il a constaté jusque sur lui-même la prodigieuse plasticité de l'homme. Les coutumes font les hommes; il y a pourtant des coutumes bien baroques. Et cependant, qui sait, sous ces métamorphoses que la coutume entraine avec elle, qui sait si l'homme n'est pas le même
i. Voyez, par exemple, de Maurice Barrés, la Mort de Venise dans Amori et dolori Sacrum.