‹ MontaigneChapitre 11 sur 32 · XXXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXXII PREFACE

prise des stoïciens, qu'il adore, et il n'en a pas fait un mauvais usage.

Il est impossible de se livrer à l'examen de conscience sans tomber quelque peu dans l'amour de tisoi et dans l'orgueil, l'bomme ne pouvant pas se regarder au miroir sans risquer de se trouver beau, et Montaig-ne n'a pas évité complètement cet écueil. Il est vrai ; mais comparez-moi un homme d'action, un homme d'état, un homme de g-uerre, un orateur, ' un poète du xvi'' siècle avec Montaigne ; comparczi lui même ce grand sage qu'on appelle Rabelais, I sauf les saints comparez-lui qui vous voudrez; et 1 voyez tout de suite quelle solidité de bon sens, quelle modération et quelle justesse dans la multi- ) tude des idées de détail, quelle appréciation saine et j suffisamment rigoureuse de lui-même Montaigne a ! puisées dans cette coutume excellente de se regarder ; vivre, de s'étudier, de se surveiller, de se discuter, ; pour tout dire en un mot, de n'être pas étranger à soi-même?

\ L'examen de conscience, à peu près déplorable chez l'ignorant, qui n'y trouvera qu'une occasion de se livrer à ce penchant naturel : se trouver parfait, et c'est pour cela que l'Eglise catholique l'a complété par la confession et qu'ailleurs on l'eutourc de mille précautions et avertissemciils sévères; l'examen de conscience chez un homme

l'RElACK.

(|iii sait riiistoire, qui sait les moralistes, qui a I reluit tout peuplé des beaux exemples d'héroïsme r( (le grandeur d'âme de l'antiquité, est une excellente méthode d'amendement moral.

Ainsi le pratique Montaigne. Sa manière ordi- /" /

naire est de s'étudier en se comparant. Il se regarde, ' il s'écoute vivre. Et en même^ temps il songe à La Boëtie, il songe à son père, il songe à Caton songe à Socrate. U écoute, venant à lui^ d'un jmssé récent ou du fond de l'histoire antique, les grandes voix qu'ont sacrées son amitié, son respect attendri ou l'admiration commune des hommes. C'est ainsi entouré qu'il se contemple; et quelquefois, je le sais, il oublie un peu l'entourage; mais cependant, le plus souvent, c'est en cette compagnie sévère et douce qu'il se fait comparaître lui-même à son propre tribunal. Je ne connais guère d'exercice moral qui soit ni mieux ordonné ni plus salutaire. « Le sot projet qu'il a de se peindre », dira Pascal. Et d'abord Pascal, bien souvent, fait-il autre chose? Et ensuite, au point de vue littéraire, savezvous que, si la grande littérature de moralistes, gloire de notre xvn^ siècle, est sortie tout entière peut-être de l'habitude de l'examen de conscience, le grand exemple de Montaigne n'a pas dû être sans y contribuer infiniment? Et enfin et surtout si le sot projet fut de se peindre, le sot projet ne fut pas de

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