‹ MontaigneChapitre 12 sur 32 · XXXIV PREFACE · texte numérisé non relu

XXXIV PREFACE

s'étudier et de se connaître. C'est peut-êtrenotre premier devoir que de savoir ce que nous sommes, que de savoir à qui, en nous, nous aA^ons affaire^ Rien n'est plus digne d'un esprit sérieux, rien ne lui est plus nécessaire, rien ne s'impose plus à lui comme une chose dont il ne peut pas se dispenser; et qu'on le fasse c'est précisément la marque d'un esprit sérieux, qui, du reste, pourra le faire sans mauvaise humeur et sans tristesse, si, tout en étant sérieux, il est traitable.

Notez encore, et c'est le plus important, que l'étude de soi chez Montaigne n'est pas autre chose que ce qu'on a appelé depuis la culture du moi. Montaigne s'étudie jiour se^ traiter, comme un médecin fait un malade — nous le sommes tous -=ou comme un hygiéniste fait un homme bien portant. Il veut d'abord se connaître et par là arriver à la connnaissance de « l'homme général-.»i» Il veut, de plus, se connaître et par là arriver à tirer de lui tout ce qui y est» Il n'y a pas d'erreur plus forte que de croire que nous sommes ce qui apparaît de nous au premier regard, même de nos propres yeux. Notre être apparent en contient un autre et celui-ci un troisième, et ainsi de suite, sans que cela soit indéfini. Des forces inconnues de nous, pour le bien et pour le mal, sont en nousmêmes, que nous ne créons pas en les découvrant,

l'IlEKACE. XXXV

nais que nous semblons créer en les découvrant, )arce que nous les mettons en liberté en en prenant îonscience. La culture du moi, par observation et )ar expérimentation, n'est point précisément un abourage ni un ensemencement; mais c'est une namiiiique. Nous dégageons, par en prendre conlaissance, l'être intérieur de l'être apparent, et lésormais nous savons ce que nous sommes en lotre fond et ce que nous pouvons nous demander i nous-mêmes.

Cette niaieutique de l'être intérieur, c'est ce que l^lontaigne a pratiqué toute sa vie. Son adoré Socrate iccouchait les esprits des autres ; Montaigne s'accou- :hait lui-même. Or ceci est essentiel et peut devenir nerveilleux pour le perfectionnement moral. Et, lans doute, il faut que ce travail soit comme éclairé )ar un idéal. 11 faut que des êtres que nous tirons linsi des profondeurs sombres de nous-mêmes, les ins soient condamnés de nous avec horreur — na(re)H(jue suiis conterruil infans — les autres oient acceptés de nous avec approbation et élevés vec amour; et l'on peut reprocher à Montaigne l'avoir été à cet égard un père de famille trop impariai ; mais avant tout il im])()rte de savoir les amener insi à la lumière. C'est ce que Montaigne a fait et ou s a appris à faire.

C'est d'un homme très sérieux; ce n'est pas un

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