‹ MontaigneChapitre 4 sur 32 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

goût en l'ignorant, en le connaissant à demi ou en le sachant par cœur.

J'ai été ravi de cette pliilip[iique dispersée dans les petits papiers de Guillaume Guizot et que je viens, en la résumant, de grossir et épaissir un peu, sans l'exagérer. J'en ai été ravi, parce qu'il est agréable, et, du reste, il est salutaire, de voir un Alceste en face d'un Philinte, un ardent en face d'un nonchalant, un homme d'acîtion en face d'un homme de repos, un homme qui court après la fortune intellectuelle et morale en face d'un homme qui l'attend dans son lit, un chrétien en face d'uni Horace, un homme de devoir en face d'un homme j de tempéraments, et le fils de Guizot en face du lils d'Épicure, à la condition, et c'est le cas, que. tous les deux aient de l'esprit.

Même quand ils seraient capables d'en venir aux gros mots, je les écouterais encore, en faisant la part de l'exagération des polémiques. Ainsi Guillaume Guizot en arrive à appeler Montaigne : « Déranger! » Surt[uoi j'entends Montaigne appeler Guillaume Guizot : « Calvin! » Ce sont les gros mots des gens polis. Ils sont gros tout de même. Définition à placer dans un dictionnaire philosophique : « Gros mot — procès de tendances. » \

J'ai encore été ravi de cette polémique, parce

PHEFACE. XVII

qu'elle contient beaucoup de vrai, comme vous vous en êtes aperçus et que cette goutte d'essence amère versée dans les Essais par un homme qui les a très bien compris ne peut être que très utile à ceux qui se laisseraient trop aller au charme de ce livre et leur donner comme un peu de ton. 11 n'est point douteux (juc les Essais ne soient un peu amollissants. Nous avertir, nous dire : « Oui, oui; mais song-ez bien que toute la sagesse n'est pas là et qu'il y a une sagesse plus virile qui n'y est point du tout »; rien de mieux, rien de plus généreux, de , plus courageux aussi, et je vois très bien les Essais encadrés entre le livre de Guillaume Guizot comme introduction et V Entretien de Pascal avec M. de Saci comme épilogue. Les choses ainsi seraient fort bien mises au point; et du reste les trois ouvrages sont dignes les uns des autres.

Maintenant il faut bien que je proteste, et, moi aussi, parce que ceci paraîtra en tète du livre de Guillaume Guizot, que je redresse ce qu'il paraît avoir d'un peu excessif et ce que, du reste, l'auteur aurait très probablement redressé lui-môme. Guillaume Guizot a vraiment un peu trop exclusivement i»ris Montaigne pour un pur sceptique. Dieu me garde de présenter Montaigne comme un dogmatique intempérant; mais le mot de sceptique m'a toujours paru un peu décisif appliqué à lui;

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