Port-Royal, II, p
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viction (le votre inisèi'e et son plaisir à savoir que vous êtes incapable d'y écliapper. Il ne se mêle point de pitié, comme chez Pascal, comme chez Molière même, à la [)arfaite et tranquille connaissance qu'il a de votre infirmité. Il est l'homme qui a le secret, ou qui croit l'avoir, qui sait que personne ne Ta, qui s'en félicite, qui le montre même à moitié, qui est persuadé que personne ne le lui prendra, et qui se repose avec une grande volupté dans cette persuasion charitable.
Et si ce n'est point là de l égoïsme, qu'est-ce donc et oii l'égoïsme sera-t-il? Montaigne a tous les genres d'égoïsme et une des raisons de son charme sur les hommes est précisément qu'il les a tous. C'est un égoïsme de ne se mêler de rien; — c'est un égoïsme qu'être le plus prudent des hommes et le plus circonspect ; — c'est un égoïsme d'être conservateur de toutes choses, y compris même celles qu'on n'aime point et qu'on ne veut garder que crainte de pire, désespérance du mieux et désir passionné de n'être point dérangé ; — c'est un égoïsme que de plaider le pour et le contre, avec cette pensée de derrière la tête, malicieuse, mais surtout avisée, qu'à force de se contredire on devra bien avoir rencontré la vérité au moins une fois; — c'est un égoïsme que d'être modeste au point de ne point avancer une parole sans la retirer ou sans
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faire remarquer qu'il y a beaucoup de cliances pour qu'elle soit fausse, et il y a là moins d'humilité que de diligence à ne se point compromettre; — c'est un égoïsme d'être aimable à ce point que personne ne puisse vous en Aouloir et (|ue tous gardent au moins un bon souvenir de vous, et de n'avoir jamais, un seul moment de tous, souhaité de sentir ou d'inspirer quelques bonnes haines vigoureuses.
Il y a dans Montaigne un Philinte qui aurait aimé Alceste, qui l'aurait raillé, qui l'aurait conseillé ; mais qui ne lui aurait peut-être pas rendu de bons offices. Au fait, c'est précisément comme il en use avec nous. Il nous aime un peu, il s'amuse de nous, il nous gouaille, il nous donne d'assez bons avis et il ne nous rend aucun service. Il nous en rend peut-être de mauvais. Il nous affaiblit, « il nous énerve », il nous rend impropre à l'action et insoucieux d'agir. Il est admirable pour nous débarrasser de l'espérance du mieux et de ce que Doudan appelait l'insupportable besoin du bonheur. « C'est un endormeur de consciences. » 11 nous amènerait très facilement et assez vite à une manière d'ataraxie, ce qui, en termes moins archaï- (Jues, est tout simplement la veulerie. Educateur peu recommandable.
Aussi bien, voyez son traité de l'éducation. Il est
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st'iliiisant onmnio tou( ce qu'il ('crit; mais cassez donc lécorce des mois et voyons ce qu'il y a au fond de ces propos charmants. Ce qu'il y a? Ce dialogue : « Que faut il apprendre aux enfants? — lieu ! mon Dieu! Ce quil faut ai>[)rcndrc aux enfants?... Eh hion, rien du tout! — lié? — - Oui, rien. Huand je dis rien... Rien, comme vous pouvez penser, veut dire rien, ou peu de chose. Il faut les regarder apprendre; les y exciter, un peu, oh! très peu; les guider, insensiblement, oh! d'une façon tout à fait insensible. On n'est pas assez sûr que ce qu'on leur apprendra ne sera pas [)récisénient ce qu'il aurait convenu (ju'ils ignorassent; et que la direction qu'on veut leur donner ne sera pas celle que leur nature d'esprit leur défend précisément de prendre. Aussi y faut-il une prudence extrême, et une circonspection qui doit aller presque jusqu'au laisser-faire et quasi jusqu'à ne faire rien. Laissez-les frotter devant vous. Je vous assure qu'ils trottent bien. »
Et c'est avec ce rien (|u"il a fait v.n traité d'éducation oîi il y a tant de talent qu'il a l'air de quelque chose.
Et à prendre les Essais tout entiers comme un livre d'éducation pour les hommes, le profit qu'on en ])eut tirer est à très peu près le même. Et du reste il est ravissant et l'on donne la mesure de son