XX II PREFACE
en quelque mesure, on en conviendra, un élément de la conscience nationale au xvu'' siècle, ce soit Montaigne, après tout, un peu plus sans doute que Du Yair ou tel autre, qui l'ait légué à ses successeurs et disciples et que dans ces professeurs d'énerg-ie qui s'appellent Balzac et Corneille nous retrouvions l'esprit du nonchalant gentilhomme périgourdin.
Mon Dieu, cela s'explique assez; cela s'explique par ceci que Montaigne était aussi peu que pos- [jsil)le d'une j)ièce, et que s'il croit à l'impuissance de l'esprit de l'homme, il croit à la toulc-puissance lie la volonté humaine.
C'est môme tout Montaigne, cela. Que peut savoir l'homme? Rien du fout. Que [)eut-il faire? Tout. Ne dites pas : autant il sail, autant il peut. Dites : autant il est incapai)le de savoir, autant il est capahle d'agir. Il a en lui des trésors d'énergie. Aucun animal n'a|ipro('he de son einhirance, de sa patience, de sa force de travail, des miracles de sa volonté en acte.
Et ce qui est hien remarquahle, c'est que Montaigne ne réserve pas, sur ce point, son admiration aux héros de l'histoire et de la légende. Le culte des héros est tout le long des Essais, oui; mais il voit des héros à côté de lui, au-dessous de lui, dans la familiarité de la vie ([uotidienne. Vous con-
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naissez sa page sur les paysans. Il admire et il vénère ces héros obscurs. Son cœur bat, oui, son
tciLMir, cela se sent, à voir leur patience, leur résii: nation active, leur stoïcisme simple et sans '[ilirases.
Montaigne voit des héros dans l'humanité, à tous les échelons de l'humanité (ce qu'il dit encore des marchands et artisans des villes « allant de pair de vaillance et de science militaire avec la noblesse »); il en met })out être un })cu plus qu'il n'y en a; il en a besoin pour les admirer de tout son cœur; il a comme une religion de la volonté; c'est à savoir qu'il y croit, qu'il la vénère, qu'il l'aime, qu'il l'adore et qu'il l'excite. Cela n'est pas du tout d'un sceptique.
Et que ce soit une contradiction, oh! que je le veux bien, et qu'il n'y a bien là rien d'étonnant chez un Montaigne! Mais en tout cas, c'est de lui encore; cela fait partie de sa })ersonnalité et ce n'est pas quantité négligeable.
C'est pour cela que je trouve un peu étrange, ou insuffisamment expliqué, ce que dit à un moment^l Guillaume (ïuizot, que Montaigne ne représente guère le xvi" siècle. Certes il no le représente pas tout entier; mais comme il y a bien toute une partie du xvf siècle qu'il représente merveilleusement! Il ne représente pas la Réforme. Oh! pour