‹ MontaigneChapitre 14 sur 43 · LKS DEUX PRE.MIKHS LIVRES DES ESSAIS · texte numérisé non relu

LKS DEUX PRE.MIKHS LIVRES DES ESSAIS

le plus agréable et le plus sûr est celui des livres. Les voilà, les vrais amis que notre ingratitude ne blesse point, lorsqu'il nous arrive, étant heureux, de les négliger ; ils nous accueillent toujours d'un même visage souriant ; ils sont notre réconfort aux heures tristes, notre soutien parmi les âpres difficultés, « la meilleure munition » que Montaigne ait trouvée « à cet humain voyage » ; aussi recherche-t-il pardessus tout leur conversation, et le meilleur temps de sa vie, il le passe avec eux.

Montaigne lisait et méditait. De là, à écrire ses méditations, surtout si l'on est d'un « naturel propre à la communication », et surtout encore si « une trop lâche oisiveté vous presse », il n'y a qu'un pas : ce pas fut vite franchi.

En plus d'un chapitre des Essais, nous retrouvons le souvenir très précis des lectures qui ont excité la verve de Montaigne : ce sont, d'ordinaire, des passages de Sénèque ou de Plutarque. Souvent aussi, c'est au sortir d'un entretien qu'il consigne les réflexions qui se présentent à son esprit et en forme un chapitre. Un jour, par exemple, il rencontre un Italien, ancien maître d'hôtel du cardinal Caraffa, et, selon son habitude, l'interroge sur son art. Notre cuisinier ne se fait pas prier ; en termes pompeux et subtils, avec une gravité et une conte-

nance magistrale, il traita do cette « science de gueule », « comme s'il eût parlé de quelque grand point de théologie. » Montaigne le quitte, et écrit contre la fausse rhétorique ces pages si finement sensées qui ont pour titre : De la vanité des paroles.

Tous sujets lui sont bons ; son esprit réfléchi trouve partout, dans les spectacles qui s'offrent à lui, comme dans les accidents qui lui surviennent, matière à méditer et à philosopher. S'il voit un enfant monstrueux, « qui a un double corps... et des membres divers se rapportant à une seule tête », il songe à la situation politique de la France, et qu'il appartient au roi de maintenir les divers partis sous son autorité une et souveraine. Ou bien il nous contera comment, dans une promenade à cheval, il a failli perdre la vie, en ce terrible jour où « le petit homme (c'est de lui qu'il parle) et le petit cheval » roulèrent à douze pas, écrasés par un colosse « monté sur un puissant roussin. » Morale longuement développée : il faut nous apprivoiser à la mort. On voit combien Montaigne a raison de dire : « Je prends de la fortune le premier argument, d

Ainsi se formèrent au jour le jour, chapitre par chapitre, les deux premiers livres des Essais qui parurent en 1580, à Bordeaux, chez Simon

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