‹ MontaigneChapitre 18 sur 43 · I^ENDANT LES GUERRES CIVILES · texte numérisé non relu

I^ENDANT LES GUERRES CIVILES

sent qu'à leurs passions. Si l'on comptait les combattants qu'anime seul l'amour de la religion, combien en trouverions-nous ? « On n'en saurait bâtir une compagnie de gens d'armes complète. >

Une chose lui tient à cœur entre toutes : se maintenir a hors lenœuddu débat, en équanimité et pure indifférence. » Aussi n'hésite-t-il pas à rendre pleine justice aux vertus ou aux talents de ses adversaires. Dans La Noue, il célèbre « la constante bonté, douceur de mœurs et facilité consciencieuse. » L'activité et la crâne bravoure d'Henri de Navarre le charment au plus haut point ; il entretient avec lui de cordiales relations, et Henri, qui apprécie sa droiture, le nomme en 1577 gentilhomme de sa chambre. Théodore de Bèze lui paraît devoir être comptéparmi les plus grands poètes de son temps. Une telle opinion sur un poète protestant a beau scandaliser le « frater » chargé à Rome d'examiner la doctrine des Essais ; Montaigne n'en démord pas. Ne va-t-il pas jusqu'à louer l'habile facture des pamphlets huguenots a qui partent parfois de bonne main, et qu'il est grand dommage n'être embesognés à meilleur sujet? »

Nous ignorons d'ailleurs s'il prit part à des combats et à quels combats ; nous savons sim-

n MONTAIGNE

plement que le duc de Montpensier l'employa comme négociateur et le chargea d'une mission des plus délicates auprès du Parlement de Bordeaux. Montaigne devait encourager les magistrats de cette ville à persévérer dans leur fidélité à lacause catholique et royaliste, et leur montrer en même temps la nécessité d'une vigilance qui s'imposait chaque jour plus active et plus rigoureuse. Le 11 mai 1574, Montaigne fut reçu au Parlement et s'acquitta de sa mission avec un plein succès. Le discours qu'il prononça à cette occasion n'a pas été conservé ; mais nous connaissons ses idées et les sentiments du Parlement bordelais ; nul doute que, tout en prêchant la cause royale, il n'ait fait en même temps un éloquent appel à la concorde et à la modération.

Combien étaient-ils autour de Montaigne, ceux qui comprenaient et approuvaient sa tolérance ? chez presque tous, les passions étaient trop excitées ; chez les meilleurs, les convictions trop fortes, pour qu'il ne devint pas suspect aux deux partis. « Je fus pelaudé à toutes mains, nous dit-il; au gibelin, j'étais guelfe ; au guelfe, gibelin. » Une seule consolation lui reste : comme citoyen, il gémit des calamités publiques, et certaines pages des Essais sont de véritables discours \sur les

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