PENDANT LES GUERRES CIVILES
parti et au parti qui perdit, se sauva par sa modération, en cet universel naufrage du monde parmi tant de mutations et diversités. !>
Sainte-Beuve lui-même, quand il oppose et compare la conduite de Montaigne à celle d'André Chénier combattant et mourant pour la liberté, n'est pas éloigné de penser que Montaigne, durant les guerres civiles, comme Siéyès sous la Terreur, n'a pas fait autre chose que de « vivre ». Sainte-Beuve se trompe. Montaigne s'est ému de nos divisions ; il a pris part à la lutte et s'est employé activement au triomphe de la cause qui lui paraissait juste et sacrée. Les trois livres des Essais, (car, dans ce chapitre, nous jugeons Montaigne aux différentes époques des guerres civiles), nous montrent qu'il fît toujours profession d'être catholique et royaliste.
C'est parmi les catholiques, dans les rangs de l'armée du Poitou, commandée par Montpensier, qu'il va tout d'abord se ranger ; ce qui le distingue de ses compagnons d'armes, c'est qu'il fait preuve, dans ces luttes, d'une rare et incroyable modération. Aucune haine ne grondait dans son cœur contre les protestants, parmi lesquels il comptait des amis, et même un de ses frères, M. de Beauregard.
« La cause générale et juste ne m'attache que mode-
rément et sans fièvre.., La colère et la haine sont passions servant seulement à ceux qui ne tiennent pas assez à leur devoir par la raison simple. Toutes intentions légitimes et équitables sont d'elles-mêmes équables et tempérées. Sinon, elles s'altèrent en séditieuses et illégitimes. »
Il s'attache au parti qui lui paraît « le plus sain », mais, pour me servir d'une de ses expressions favorites, il ne « l'épouse » pas. Il juge catholiques et protestants avec la même impartiale sévérité. Ceux-ci, aux yeux de Montaigne, ontlegrandtort de bouleverserl'Eglise etl'Etat, et il raille leur prétendue réforme. A ceux-là il reproche d'assouvir leurs haines, et de donner libre carrière à leurs rancunes ouà leur cruauté, souscouleurdedéfendrelareligion.Tous, catholiques et protestants, sont coupables de réduire la religion à n'être que l'instrument de leurs intérêts.
« Ceux qui l'ont prise à gauche, ceux qui l'ont prise à droite, ceux qui en disent le noir, ceux qui en disent le blanc, l'emploient si pareillement à leurs violentes et ambitieuses entreprises, s'y conduisent d'un progrès si conforme en débordement et injustice, qu'ils rendent douteuse et malaisée à croire la diversité qu'ils prétendent de letirs opinions, d
Les uns et les autres « pelotent les raisons divines » avec une rare impudence^ et n'obéis-