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Les Essais, livre II, ehap. XVII

284 MONTAIGNE ET LE « CONTr'l'N »

Ces allusions, en effet, s'appliquent bien mieux à ceux qui gouvernaient la France quand le Conir'un a été publié, en 1574-76, qu'à ceux qui régnaient en 1546. Vouloir utiliser les maximes de Machiavel, mais ne pas savoir les appliquer avec succès en les adaptant aux circonstances; au contraire, en user sans méthode, sans discernement et, ce faisant, au lieu d'aplanir les difficultés, en créer de nouvelles, c'est la politique de Catherine et de ses fils bien plus que celle d'Henri IL Cette politique est celle dont la Saint-Barthélémy a été l'aboutissant, et non pas celle qui précède les guerres de religion. M. Barrère, inconsciemment, conduit le lecteur à cette conclusion lorsqu'il dit : « S'il eût été donné à La Boétie de vivre jusqu'à un âge plus avancé, les événements dirigés par Catherine de Médicis auraient justifié ses appréhensions et ses craintes en lui montrant, suivant l'expression de Gentillet, la France gouvernée à la florentine. »

En résumé, si M. Barrère parvient jamais à établir que l'auteur du Conir'un a fait des allusions aux maximes de Machiavel, qu'il a nourri sa réprobation contre la tyrannie et contre le tyran qu'il a voulu flétrir, par la lecture indignée du Prince, il sera amené, semble-t-il, ipso facto, à reporter, comme je l'ai fait moi-même pour d'autres raisons, aux années 1574-77 la composition d'une partie du Discours. Si tel est le résultat de ses efforts, chacun de nous deux y trouvera son compte. M. Barrère aura le mérite de la précieuse trouvaille dont il a déjà gracieusement, et peut-être un peu prématurément, offert la moitié à M. Dezeimeris; et sa découverte, au lieu de contre-

dire ma propre thèse sur le Contr'un, viendra la fortifier. Il peut être assuré que je lui en saurai autant de gré que s'il l'avait fait exprès. Quant à Montaigne lui-même, il n'y perdra pas non plus; et j'ose espérer que M. Barrère qui, depuis la publication de son travail, a certainement pris connaissance de ma réponse à M. Paul Bonnefon, n'est plus aussi convaincu qu'en attribuant à l'auteur des Essais une participation importante à la rédaction du Discours, j'ai desservi sa mémoire. Quoi qu'il arrive, d'ailleurs, je me plais à reconnaître que M. Barrère a déployé dans ce plaidoyer un incontestable talent, et sa séduisante parole est de celles qu'on aime à entendre plusieurs fois.

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