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Les Essais, livre H, chap. XII, aux premières pages

MONTAIGNR ET LE « CONTr'uîJ » 383

croire la diversité qu'ils prétendent de leurs opinions », Montaigne ajoute : « Notre religion est faite pour extirper les vices, elle les couvre, les nourrit et les incite. » Enfin, si Machiavel est visé par l'auteur du Contr'wi, si, ce qui est tout à fait conforme à ma propre thèse sur le véritable objectif du Discours, la phrase qui nous occupe fait allusion aux faits contemporains de l'auteur du Discours; si, comme M. Barrère le reconnaît, ces gouvernements chez qui le manque de tact est tel qu'ils n'ont pas l'esprit nécessaire pour savoir utiliser « ce formulaire » et pour manier à leur profit, suivant les occasions, les maximes de Machiavel, sont ceux qui tyrannisent la France au moment où ce passage est écrit, c'est encore un argument en faveur de la rédaction de ce morceau par Montaigne et contre sa rédaction par La Boétie. Les maximes politiques de Montaigne, dans les Essais, celles qu'il conseille aux princes, ne sont-elles pas l'exact contrepoids de celles de Machiavel? Celui-ci recommande au prince de toujours faire usage de la ruse, du mensonge, de la cruauté même s'il le faut. Montaigne, au contraire, lui montre que, même s'il n'a en vue que de réussir, il faut « qu'il reluise d'humanité, de vérité, de loyauté, de tempérance et surtout de justice; marques rares, inconnues et exilées: c'est la seule volonté des peuples de quoy il peut faire ses affaires, et nulles autres qualités ne peuvent attirer leur volonté comme celles-là, leur estant les plus utiles : Nihil est lam populare qiiam bonilas » ^

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