‹ Montaigne pamphlétaireChapitre 20 sur 108 · Interrogatoire d'Anne Dubourg au Parlement de Paris · texte numérisé non relu

Interrogatoire d'Anne Dubourg au Parlement de Paris

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avoir le temps de se reconnaître, d'attirer les huguenots à Paris et d'accomplir, quand l'occasion sera favorable, sa résolution de détruire les chefs du parti. Pour le moment, les politiques, les modérés, les conciliateurs, semblent l'emporter auprès d'elle et auprès de Charles IX. Les catholiques violents sont tenus à l'écart. Le roi accorde de grandes libertés aux protestants ; il semble leur donner raison quand ils réclament contre la non-exécution du traité de Saint- Germain; les Guises sont disgraciés; il a même déjà été question du mariage de Marguerite, sœur du roi, avec Henri de Navarre. Pendant ce séjour de Montaigne à Paris, à la fin de 1570, et dans les premiers mois de 1571, tout est à la conciliation. Montaigne a fait, en 1565, à Bordeaux, la connaissance de Michel de l'Hospital; il l'admire. De profonds changements se sont opérés dans ses opinions. Les événements, le développement naturel de son esprit et de son caractère, expliquent ces changements; mais l'influence du Grand Chancelier n'y a sans doute pas été étrangère. Le 30 avril 1570, Montaigne, dans une très belle lettre, dédiait à l'Hospital les vers latins de La Boétie. La même année, il allait le voir dans sa retraite, ou plutôt dans son exil du Vignay. Que de choses graves durent être dites au cours de cette visite ! En tout cas, Montaigne est, dès lors, entré à pleines voiles

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dans les vues de l'Hospital, des politiques, des hommes les plus fermement résolus à combattre le fanatisme. Il a des pensées de légitime ambition, et les circonstances y semblent favorables. Devenu libre de son temps et de ses actes par la résignation de sa charge au Parlement de Bordeaux, il fréquente la Cour de Charles IX; il a de nombreuses relations parmi les grands seigneurs qui entourent le roi et sa m.ère; quelques-uns sont ses voisins dans le Périgord; certains d'entre eux ont été ses condisciples au Collège de Guyenne et sont restés ses amis. Grâce à son caractère aimable, au charme de son commerce, aux qualités de son esprit, il se fait très vite apprécier, et nous le voyons, dès cette année 1571, chevalier de l'Ordre royal de Saint-Michel, et probablement gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. La politique libérale et patriotique de Charles IX, qu'elle fût sincère ou non, explique que Montaigne ait accepté alors, peut-être même recherché, les honneurs qu'on lui conférait. Ils lui ouvraient l'accès aux grands emplois. Mais voici un coup de théâtre. Au moment même où ces honneurs, témoignage certain de son attitude loyaliste, sont ou vont être accordés à Montaigne, celuici semble renoncer à la situation enviable qu'il s'est acquise, à ces brillantes et si légitimes espérances. Sans éclat, sans le moindre

bruit, il (|iiitte la Cour et se retire dans son château du Périgord, dans « le coin » où il avait « de quoy plajiter son pied » ^

Or, pour qui étudie avec attention la vie et le caractère de Montaigne, il est difficile de croire que ce fût là une retraite définitive, sans arrière-pensée de retour à la vie active. C'est une de ces fausses sorties que Sénèque 2, déjà l'auteur préféré de Montaigne, conseille au sage dans des circonstances qui ressemblent beaucoup à celles où se trouve l'ami de La Boétie.

Ce n'est pas à trente-huit ans qu'un homme du caractère de Montaigne, qui aime tant « la société », la « communication » et la « conférence », qui n'a aucun goût pour la vie de château, pour les plaisirs de la campagne, pour les occupations agricoles, ni même pour la vie domestique, qui n'a abandonné sa charge de

1. Tine déclaration inscrite sur les parois de son cabinet de travail rappelle cette résolution de s'éloigner de la Cour. Elle en fixe la date, mais n'indique pas celle où elle fut inscrite sur les murs de cette pièce, et que l'on suppose, avec vraisemblance, avoir été postérieure. Voici la traduction de cette inscription latine: « L'an du Christ [1571], à l'âge de 38 ans, la veille des Calendes de mars, anniversaire de sa naissance, Michel de Montaigne, ennuyé déjà depuis longtemps de l'esclavage de la cour et des charges publiques, alors qu'il se sentait encore dispos, vint à part se reposer sur les seins des doctes vierges, dans le calme et la sécurité; il y franchira les jours qui lui restent à vivre; espérant que le destin lui permettra de parfaire cette habitation, ces douces retraites paternelles, il les a consacrées à sa liberté, à sa tranquillité et à ses loisirs. »

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