Sénèque, lettres 68 et
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magistrat que pour agrandir sa vie et ne pas laisser inoccupées les grandes qualités et aptitudes qu'il sent en lui ^; ce n'est pas au moment où il est appelé à Paris par tant d'attractions, qu'il se décide réellement à vivre à l'écart et à rester pour toujours spectateur éloigné et mal renseigné des événements. Montaigne avait d'autres raisons que celles qu'il veut laisser entendre dans sa déclaration de 1571. Il y a des retraites diplomatiques, comme il y a des maladies diplomatiques. Ici encore, il suit un précepte de Sénèque : « Quand la République est trop corrompue, si elle est la proie des méchants, le sage ne se consumera pas en efforts superflus, il n'ira pas se sacrifier quand il n'aura nul espoir d'être utile ^. » Et surtout, cher Lucilius, que personne ne puisse soupçonner le vrai motif de votre retraite. Qu'on ne puisse y voir une protestation. « Déguisez-la sous quelque prétexte de maladie, de faiblesse, d'indolence..., » et « que les plus clairvoyants ne vous soupçonnent tout au plus que d'avoir embrassé la retraite pour y cultiver l'art de vivre » ^.
1. Montaigne pensait sans doute à lui-même autant qu'à La Boétie quand il écrivait à l'Hospital : «A la vérité, ses forces furent mal ménagées, et trop espargnées. De façon que, au-delà de sa charge, il lui restait beaucoup de grandes parties oisives et inutileS; desquelles la chose publique eust pu tirer du service et lui de la gloire. »