‹ Montaigne pamphlétaireChapitre 36 sur 108 · Les Essais, livre III, chap. XL · texte numérisé non relu

Les Essais, livre III, chap. XL

seize ans (ou de vingt-trois ans, peu importe) s'avise de représenter le tyran idéal, et les traits qu'il lui donne, très différents de ceux du modèle classique, sont ceux d'un tyran effectif qui régnera vingt-huit ans plus tard, au moment même où le portrait sera publié? N'est-il pas plus plausible de supposer une interpolation?

Notez que l'écrivain aurait devine non seulement le caractère de son tyran, mais les circonstances typiques de sa vie et de sa politique. Il aurait deviné le règne des favoris, précédant celui des grands mignons de 1577-78. Il aurait deviné les moyens de gouvernement spéciaux à Henri d'Anjou, soit en Pologne, soit en France. Il aurait deviné les anecdotes et les faits divers scandaleux de la Cour, que les protestants devaient, dix ans après sa mort, et antérieurement à la publication de son livre, signaler avec indignation dans leurs libelles ! Vingt ans avant la Saint- Barthélémy, vingt-huit ans avant la publication du Contr'un. notre écolier pamphlétaire aurait imaginé (car on ne x-etrouve rien de semblable dans l'antiquité) le régime des « quatre », des « cinq », des « six », qui « tiennent le pays tout entier en servage au tyran », qui « dressent si bien leur chef, qu'il faut... qu'il soit méchant, non pas seulement de ses méchancetés, mais encore des leurs »^. Ce jeune rhétoricien de Sarlat aurait analysé et posé avec la maturité d'un penseur

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