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Pages 8 et suiv. du présent volume

96 MONTAIGNE ET LE « CONTR'uN »

pendant qu'il était duc d'Anjou et lieutenant général du royaume; je l'ai, je crois, suffisamment établi. Partout on nous le montre vivant d'une vie efïéminée au milieu des jeunes femmes qui entouraient sa mère. Celle-ci les tramait partout avec elle dans ses déplacements, pour corrompre les jeunes princes, ses fils et ses neveux, les amollir et n'avoir pas à compter avec eux. Henri, nous l'avons vu, était bien plus leur serviteur que leur amant. Dans une relation adressée à Philippe II en 1570, l'ambassadeur d'Espagne, Francès de Alava, le représentait déjà dans ces jeux puérils avec les filles d'honneur : « L'une lui regarde la main, l'autre lui tire les oreilles, et, de la sorte, il passe chaque jour une partie de ses heures » ^, eflleurant se< jeunes compagnes de caresses décevantes. Ses actes ridicules, le jour de son mariage, ne furent que la suite d'habitudes prises dès son adolescence, connues de toute la Cour.

Le portrait ressemble donc, par ce trait comme par les autres, et il reste très vraisemblable que c'est Henri de Valois que l'on a voulu représenter.

Je dis vraisemblable et non certain, car en histoire il n'y a guère que des demi -certitudes. Je n'oubhe pas cet enseignement de notre maître : « On me fait haïr les choses vraisemblables quand on me les plante pour infaillibles ^. » Reconnaissons d'ailleurs qu'ici la vraisemblance se fortifie de l'invraisemblance des autres interprétations. A qui fera-t-on admettre cette conjecture : un jeune homme de

1. Hisloire de France de Lavisse, t. VI {Henri III, par M. Mariéjol, pp. 213-214).

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