Livre 11, chap. XIL t. Il, pp. .•^28-.3îi
MONTAKiM': ET LE « COMu'UîS )J 123
Voici une autre remarque très suggestive. Montaigne nous dit, dès les premières lignes du chapitre, que son but principal est de mettre dans tout son jour un « tableau riche et poli, et formé selon l'art»! un « discours gentil, plein tout ce qu'il est possible, et qui honorera tout le reste de cette besogne ». Ce qu'il écrira, lui Montaigne, ne sera qu'un cadre grossier... Et voici qu'à la fin du chapitre, ce «tableau riche et poli », ce discours « plein tout ce qu'il est possible », n'est plus qu'un « subject traité par La Boëtie en son enfance, en manière d'exercitation seulement, comme subject vulgaire et tracassé en mille endroits des livres ». L'absence de sincérité, l'artifice ne sont-ils pas manifestes? L'existence d'une intention cachée n'apparaît-elle pas avec évidence?
M. Bonnefon, non dans son article, mais dans son livre ^, confirme les relations établies entre Montaigne et les protestants, au sujet de la publication du Contr'un. Il ne croit pas à des remaniements qui aient pu toucher au fond même des idées, mais il admet des interpolations. Il reste indécis sur l'auteur de ces retouches; est-ce La Boétie lui-même? Peut être, mais peut-être aussi « faut-il voir la main de Montaigne, qui se serait permis quelques corrections délicates aux vers et à la prose de son ami ». Il semble que la première hypothèse ait été prévue par Montaigne lui-même, et qu'il ait pris des précautions pour que l'on ne s'y arrêtât pas : « et croy, dit-il, qu'il ne le revit oncques depuis qu'il lui eschappa. » M. Bonnefon est donc obligé, ou de mettre en doute la parole