Montaigne el ses amis, I, p
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de Montaigne, ou d'admettre que c'e&t Montaigne qui a fait les retouches, ce qui le ramène à la deuxième hypothèse, qui est la mienne. J'ai montré plus haut que c'est par un défaut évident de logique que M. Bonnefon, embarrassé dans sa dialectique, n'a pas su conclure, comme l'exigeaient ses propres prémisses, que ces retouches sont en réalité de profonds remaniements, et que le portrait du tyran est un exemple de ces remaniements. J'ajoute que des «retouches» faites par Montaigne en 1574 ou 1577 expliquent beaucoup mieux, dans le texte du Discours, la mention de la Franciade en 1572 et la manière dont la monarchie française y est glorifiée, que des retouches faites par La Boétie, surtout si on veut bien ne pas oublier les paroles de Montaigne déclarant que La Boétie n'avait pas revu son œuvre depuis qu'il la composa (1546).
Pour me justifier de ne m'être pas incliné devant la protestation de Montaigne, je me suis trouvé dans l'obUgation de signaler chez lui d'autres défaillances. Il avait une certaine facilité à altérer la vérité quand il avait des raisons pour cela. J'ai déjà fait allusion à un passage du livre de M. Bonnefon où celui-ci en convient. Voici ses paroles : « Montaigne s'est donné parfois le plaisir d'arranger la vérité à son avantage. Quelle utilité pouvait-il y avoir dans ce cas (dans ses variations sur la date attribuée par lui à la compo-
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sition du Conir'un)1 » Gêné par cette déclaration si nette, M. Bonnefon la retire tout bonnement. Il fait « amende honorable », ce qui est tout à fait à sa louange. Il se repent d'avoir imprimé à ce sujet « des choses tout au moins inutiles, qu'une lecture plus attentive aurait pu lui épargner ». Mais il est piquant de constater que pour disculper Montaigne d'une contradiction volontaire il lui en attribue une plus forte encore. Montaigne a varié sur l'âge qu'avait La Boétie quand il composa sa déclamation, le présentant ici comme ayant dix-huit ans, là comme n'ayant pas encore atteint sa dix-huitième année, puis effaçant dix-huit ans pour mettre seize. Or, par une logique étonnante, c'est dans cette substitution même de l'âge de seize ans à celui de dix-huit ans que M. Bonnefon, qui, lui, croit que La Boétie a composé le Conir'un à vingt-deux ou vingt- trois ans, voit la preuve de la véracité de Montaigne ^ !
J'avais montré l'auteur des Essais un peu fanatique en 1562, devenu tolérant et hbéral huit ans plus tard. En 1570, il va visiter Michel de l'Hospital dans sa retraite et lui dédie les vers latins de La Boétie, alors qu'en 1562 il s'était associé aux manifestations du Parlement de Paris contre la politique hbérale du grand chancelier. M. Bonnefon mène grand bruit de cette simple constatation et y voit de ma part une déformation des faits.