Pages 289-290 du présent volume
Nous avons reproduit dans son entier, aux pièces documentaires, pages 287-323, le Discours de la Servitude volontaire.
un tyran particulier? Dès la première lecture, on est amené à penser qu'il ne s'agit pas du tyran en général. Presque aucun de ces traits ne caractérise les hommes qui, dans l'histoire, ont mérité ce nom. Le tyran non seulement n'est pas nécessairement, mais n'est pas habituellement, un homme chétif, un homme sans énergie, sans résistance, ou un homme très jeune. Il est quelquefois, mais n'est pas « le plus souvent », « le plus lasche et le plus féminin de la nation », et encore moins un a homm.e tout empesché de servir vilement à la moindre femmelette», dans quelque sens que l'on prenne l'expression « tout empesché de... ». La plupart des tyrans se sont plutôt signalés par des attributs et des aptitudes tout à fait contraires. Si donc un examen attentif nous fait reconnaître dans ce portrait une ressemblance frappante, physique et morale, soit avec le prince régnant au moment où il a été publié, soit avec un prince de sa famille intimement associé à son pouvoir tyrannique, n'est-on pas justifié à conclure que c'est ce roi ou ce prince que l'écrivain a voulu peindre? J'ai cherché parmi les Valois, et n'ai pas eu beaucoup de peine à trouver le personnage ici représenté. Tous les traits s'appliquent à lui, aussi exactement que s'applique sur un visage le moule où son masque est creusé. Et pourtant, les critiques qui ont,
comme moi, cherché l'original, en ont désigné un autre. J'imagine qu'ils ont sur ce point suivi de Thou. Montaigne avait dit que La Boétie (né en 1530) avait dix-huit ans^ lorsqu'il composa le Conlr'un. Or, en 1548, avaient eu lieu en Guyenne, sous les yeux du jeune Sarladais, et commis par les troupes royales, des actes de répression sauvage. Sans y regarder de très près, de Thou avait rapproché les deux dates et conclu que le Contr'un était un cri de révolte arraché à la pitié indignée du jeune homme par les événements dont il avait été le témoin. Les autres ont répété ce qu'il avait dit, et peut-être eussé-je fait comme eux si le hasard n'eût pas voulu que mes études sur le Conlr'un eussent précédé la lecture de ce passage du grand historien. Il ne semble pas douteux que de Thou s'est trompé. N'eussions-nous pas la correction de Montaigne reportant à 16 ans l'âge où La Boétie composa son discours, que la lecture attentive du texte de ce discours suffirait à démontrer l'erreur. Il n'y a aucune ressemblance entre Henri II et Va hommeau» du Conlr'un. Henri II n'était un « hommeau » dans aucune des acceptions du mot; il n'était ni très jeune, ni petit. C'était un prince de très belle prestance, âgé de vingt-neuf ans, doué des plus brillantes qualités du corps, adroit, dispos, le plus habile