‹ MontaigneChapitre 47 sur 78 · LB PALAIS QALLIEN A BORDEAUX · texte numérisé non relu

LB PALAIS QALLIEN A BORDEAUX

(D'après ane vue du xvi* siècle.)

plaira, et me trouverez sans exception votre très humble et très obéissant et dévoué serviteur. ' »

J'ignore ce que Montaigne répondit à toutes ces belles raisons. La détermination du roi de Navarre

I. De Mont-dc-Marsan, 25 novembre 1 583. — Feuillet de Conchen, //'&. cit,, t. III, p. loi.

avait quelque apparence d'une reprise d'hostilités, et le ton si décidé dé Du Plessis-Mornay n'était pas fait pour atténuer cette apparence. Montaigne accepta-t-il d'expliquer les choses comme on le lui demandait instamment ? Â voir comment les esprits si exaltés alors finirent par se calmer, il n'est pas téméraire de croire que Montaigne soit intervenu pour les apaiser. Mais, en ce moment, on ne songe qu'à entrer en lutte. Matignon veut user de représailles; il renforce les garnisons de Bazas et de Condom, de façon à mieux menacer Nérac. Tandis que Henri de Navarre s'en plaint directement au maréchal, Du Plessis-Mornay écrit à Montaigne une nouvelle lettre, aussi explicite que la première, pour protester encore des bonnes intentions du prince. € Monsieur, lui dit-il, nous apercevons par les lettres que M. de Bellièvre écrit au roi de Navarre, que le roi a été mal informé de ce qui s'est passé ici. Sur fausses présuppositions on ne peut que conclure faux, et j'espère, quand il aura su la vérité tant par lettres de M. de Bellièvre que par les nôtres, qu'il prendra le tout en meilleure part. Ce qui est véniel à M. de Joyeuse ne nous doit point être mortel. Encore notre action, en toute circonstance, est-elle plus supportable. Cependant, on nous circuit de garnisons, pour tirer la chose en conséquence. On n'a point ainsi procédé contre les autres, et cette inégalité ne peut procéder que de la passion de quelques-uns. Ce prince ne pense qu'à la paix, et je désire fort qu'on ne le presse point outre mesure. Vous le connaissez : même lorsqu'il doit craindre, il

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ne veut pas. Je pense que la prudence dé M. de Bellièvre modérera toutes choses. Ces inconvénients appaisés, video cœtera proclivia; et vous en aurez des marques, mais qui doivent être aidées'. >

Momay n'était pas si rassuré qu'il voulait le paraître sur ce qui pouvait s'ensuivre ; mais auprès de quelqu'un qui ne souhaitait que là paix et la tranquillité du pays, il était habile d'invoquer ainsi le bouillant courage du roi de Navarre et de faire entrevoir les résultats déplorables que pouvait avoir une reprise des hostilités. A vrai dire, Henri dé Navarre songeait plutôt à se disculper qu'à attaquer^ à négocier qu'à combattre. Il y avait trop à perdre à une lutte nouvelle pour ne pas réfléchir avant de s'y engager. Mornay le savait mieux que personne et il en convient quand il récrit à Montaigne quelques jours après, le 3l décembre i583. c Monsieur, lui dit'^il, nos conseils dépendent en partie des lieux où vous êtes, car nous ne parons que les coups. Si on nous laisse en paix, nous n'aurons point de guerre i gens qui ne peuvent que perdre n'y entrent pas volontiers que pour sortir d'un plus grand mal ; et nous avons assez d'esprit pour connaître qu'au lieu que les autres, nous la faisant, acquièrent des biens et des dignités, nous, au contraire, hasardons humainement les nôtres. Si on nous assaut, — et je crois que ce n'est la volonté du roi, — ce prince n'est pas né pour céder à un désespoir, et quittera toujours son manteau au vent du midi plutôt qu'au septentrion.

. I. De Mont-de-Marsan, le i8 décembre i583. Feuillet de Conches, lib, cit., t. III, p. 104.

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Vous savez l'histoire de Plutarque. Nous apercevons que le roi s'offense. C'est, à mon avis, sur les fausses nouvelles qu'on lui a pu écrire; autrement il n'est croyable que la prise d'Aleth fut entendue de lui avec moins de mécontentement que celle de cette ville. Vous savez les circonstances des deux. Ce qu'il y a d'inégalité est pour nous et à notre avantage* Du voyage de M. de Ségur, nous en satisfaisons à Sa Majesté. Notre but n'a été que de montrer que nos paisibles déportements ne procédaient de nécessité, ains de bonne volonté. Ce prince a connu qu'on interprétait sa patience à faute de moyens; il désire dorénavant qu'elle retienne le nom de patience, de modération et de vertu. Je vous en écris franchement à ma façon. Nous sommes prou avertis des préparatifs qu'on fait. Si on continue au moins ne pourra- 1- on trouver étrange que nous mettions la main au devant. Je sais que vous y apportez le bien que vous pouvez. Croyez que, de ma part, je n'y omets rien». >

Ce désir de vivre en paix avec le roi de France était bien le fruit de la réflexion. Tout d'abord, Henri de Navarre avait essayé de se procurer des renforts étrangers, et François de Ségur fut son intermédiaire auprès des princes allemands pour en obtenir des secours. Mais cette négociation ne semblait pas devoir amener les résultats espérés. Abandonné à ses propres forces, réduit à l'appui de ses coreligionnaires, dont un grand nombre

I. De Mont- de -Marsan, le 3i décembre i583. Feuillet de Conches, lib. cit., t. III, p. io6.

répugnait à la guerre, Henri de Navarre devait donc songer à la paix. Il ne voulait cependant pas que cette résignation pût paraître de la faiblesse, ni sembler reculer après avoir attaqué. Contraint de

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