I. Archives historiques, t. XII, p
propres affaires devaient, sans doute, l'y appeler parfois. Aussi le voyons -nous, en mai 1584, servir d'intermédiaire entre le roi de Navarre et Matignon, ce qui montre bien que le prince lui avait conservé sa confiance'. Le 10 mai 1584, Henri de Navarre écrivait à Matignon : « Je reconnais fort votre bonne volonté au repos de ce royaume et même en mon endroit, et croyez, mon cousin, que j'en ai de la satisfaction et que je vous en sais beaucoup de gré ; en somme, jamais nuls accidents, bons ou mauvais, ne changeront mes bonnes inclinations. > Nous allons voir que les sentiments du jeune roi à l'égard de Montaigne étaient aussi pleins de gratitude et qu'ils se firent jour, peu après, d'une manière expressive.
En décembre de la même année 1684, le roi de Navarre se rendit avec sa suite à Sainte-Foy. Il était ainsi trop près de Montaigne pour que celui-ci ne se préoccupât pas de ce royal voisinage, d'autant qu'on lui avait fait prévoir que le prince le visiterait dans sa maison. Précisément les jurats de Bordeaux réclamaient leur maire, mais celui-ci ne pouvait songer à s'absenter. Il s'en excuse, leur en dit la raison : « Toute cette cour de Sainte-Foy est sur mes bras, et se sont assignés à me venir voir; cela fait, je serai en plus de liberté. > Montaigne répondra alors à l'appel des jurats; au reste, ceux-ci ne doivent pas trop prendre à cœur l'absence de leur maire : € Ma présence, avoue-t-il lui-même, n'y apporterait rien que l'embarras et incertitude de mon choix et
I . Recueil des lettres missives de Henri IV, publié par Berger de Xivrey, in-4«, 1. 1, p. 661.
opinion en cette chose '.> On ne dira pas, après cela, que Montaigne exagérait à ses concitoyens l'importance de ses déterminations.
Henri de Navarre ne se fit pas attendre. Après avoir visité le Fleix et Gurson, il vint, le 19 décembre, voir Montaigne chez lui, souper et coucher en sa maison. Ce séjour fut plein d'une particulière bonne grâce. Écoutons Montaigne lui-même nous en faire le détail ; il l'a mentionné sur le petit mémorial qu'il tenait, et c'est de là qu'est tiré le récit qui suit: € Le roi de Navarre, écrit-il sous la date du 19 décembre 1584, me vint voir à Montaigne, où il n'avait jamais été, et y fut deux jours servi de mes gens, sans aucun de ses officiers. Il n'y souflFrit ni essai ni couvert 2, et dormit dans mon lit. Il avait avec lui MM. le prince de Condé, de Rohan, de Turenne, de Rieux, de Béthune et son frère de La Boulaie, d'Esternay, de Haraucourt, de Montmartin, de Montataire, de Lesdiguière, de Pouet, de Blacons, de Lusignan, de Clervan, de Savignac, du Ruât, de Sallebœuf, de La Rocque (Bénac), de La Roche, de Rous, d'Aucourt, de Luns (de Lons), de Frontenac, de Fabas, de Vivans et son fils, La Burte, Forget, Bissouse (de Viçoze), de Saint-Seurin, d'Auberville 3, le lieutenant de la compagnie de M. le Prince, son
1. De Montaigne, le 10 décembre 1584. — Découverte par M. d'Etcheverry, aux Archives mimicipales de Bordeaux. Voy. Payen, Recherches et documents sur Montaigne, p. 10.
2. C'est-à-dire que Henri de Navarre ne se servit pas du couvert personnel qui le suivait dans son bagage, et qu'on n'y fit point Fessai des aliments destinés à son usage.