‹ MontaigneChapitre 52 sur 78 · LA TOUR DB CORDOUAN AU XVII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA TOUR DB CORDOUAN AU XVII* SIÈCLE

Navarre serait -il disposé aux concessions, au milieu de sa cour de Pau, environné de Huguenots fervents et aussi fidèles à leur foi qu'à leur prince? Certes,

3ji CHAPITRE V«

Henri de Navarre avait le bon sens âssôz haut pour juger luirmême de ses vrais intérêts, mais un tel entourage éta^t bien fait pour Tempêcher de céder et prêcher la résistance. Afin de préparer une entente, Montaigne eût voulu rapprocher le roi de Navarre et Matignon. S'autorisant des bons rapports qu'il entretenait avec Tun et avec l'autre, il se proposait de servir d'intermédiaire entre les deux. Bien qu'il lui donnât publiquement des marques de satisfaction, Henri de Navarre n'aimait pas le maréchal, dont il redoutait la finesse et que, dans l'intimité, il appelait € le vieux renard ». Qui sait si un rapprochement fait en temps utile entre ces deux hommes n'aurait pas une grande portée ? Montaigne y voyait un gage de plus de la pacification du pays, et, dans une autre lettre au maréchal, il s'offrait de nouveau à l'accompagner à Bayonne.

Le 26 janvier i585, Montaigne adressait les lignes suivantes à Matignon : c Monseigneur, je n'ai rien appris depuis, encore que j'aie vu assez de gens de ce train céans. J'estime que tout a vidé, si non que M. du Ferrier y soit demeuré pour les gages. S'il vous • plaît de voir une lettre que le sieur Du Plessis m'écrivit depuis, vous y trouverez que la réconciliation y fut bien entière et pleine de bonne intelligence, et je crois que le maître lui en aura communiqué plus privément qu'aux autres, sachant qu'il est de ce goût comme est aussi M. de Clervan, qui vous a vu depuis. Si je dois vous faire compagnie à Bayonne, je désire que vous maintenez (sic) notre délibération de retarder dans le carême, afin que je puisse prendre

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les eaux tout d'un train. Au demeurant, j'ai appris qu'il n'est rien qui dégoûte tant le mari que de voir qu'on s'entend avec la femme. J'ai eu nouvelles que les jurats sont arrivés à bon port, et vous baise trèp humblement les mains. » Pui$, dans un post-scriptum plus affectueux, Montaigne protestait plus particulièrement de son dévouement : c Monseigneur, vous me faites grande faveur de vous agréer de l'affection que je montre à votre service, et vous pouvez assurer de n'en avoir pas acquis en Guyenne de plus nettement et sincèrement vôtre. Mais c'est peu d'acquêt. Quand vous devriez faire place, ce ne doit pas être en temps qu'on se puisse vanter de vous l'avoir otée ». > Henri de Navarre était donc bien parti pour le Béam-. A quelques jours de là, Montaigne confirme le fait à Matignon, en lui annonçant par un billet* que € le roi de Navarre vient d'envoyer quérir quelque reste de train et d'équipage de chasse qu'il avait ici (à Montaigne), et que sa demeure sera plus longue en Béam qu'il ne pensait ». Seul, Arnaud du Ferrier, notre ancien ambassadeur à Venise, maintenant chancelier de Navarre, était demeuré en arrière, retenu sans doute plus par son grand âge que par les devoirs de sa charge. D'ailleurs, comme le dit Montaigne, c le reste du pays demeure en repos et n'y a rien qui bouge ». Aussi s'attarde-t-il lui-même

1. De Montaigne, le 26 janvier i585.— Publiée pour la première fois par Feuillet de Gonches, Causeries d*un Curieux, t. III, p. 276.

2. Pe Montaigne, le 2 février 1 585. — Publié pour la première fois par Feuillet de Conches, dans les Causeries d*un Curieux, t. III, p. 280.

à la campagne bien que quelque devoir de sa mairie eût réclamé sa présence en ville. Mais la chose n*a pas grande importance et il se contente d'écrire aux jurats de Bordeaux qu'il viendra les rejoindre t à la première commodité » ^

Ce calme était à la surface. Aucune question importante n'avait été tranchée ni avec Matignon ni avec la reine Marguerite; aussi était-il évident qu'il en surviendrait quelque embarras. Les difficultés surgirent d'abord avec la reine Marguerite. Pendant que son mari vivait en Guyenne et en Béam, occupé à d'autres passions, celle-ci vivait à Nérac, isolée et méprisée. Mais elle ne demeurait pas inactive dans sa solitude : au courant des compétitions des partis, elle intriguait et cherchait sa voie au milieu de ces menées diverses. Elle était en correspondance fré*> quente avec la cour du roi de France, et toutes ses lettres n'étaient pas, prétend -on, en faveur de son mari. Pour s'en assurer, Henri de Navarre fit brusquement arrêter un messager de la reine sa femme. L'esclandre fut grand, et nous en retrouvons le contre -coup dans la correspondance de Montaigne avec le maréchal. Nous y verrons aussi en quels sens variés les partis commençaient à se remuer, et nous citerons en entier quelques lettres de Montaigne, qui nous apprendront comment lui-même appréciait les événements.

1. De Montaigne, le 8 février i585.— Publiée par Champoliion-Figeac, Documents historiques inédits, t. II, p. 486; — le D^ Payen, Documents inédits (1847), ?• ^'î — GrOn, Vie publique de Montaigne, p. 268.

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Le 9 février i585, Montaigne mandait à Matignon : € Si les jurats arrivèrent le jour qu'on les attendait à Bordeaux et qu'ils soient venus en poste, ils pourront vous avoir apporté des nouvelles fraîches de la cour. On fait ici courir le bruit que Ferrand a été pris, à trois lieues de Nérac, allant à la cour, et ramené à Pau; aussi, que les Huguenots ont failli à surprendre Taillebourg et Taillemont en même temps, et quelques autres desseins pour Dax et Bayonne. Mardi,

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