‹ MontaigneChapitre 59 sur 78 · LA REINE MARGUERITE · texte numérisé non relu

LA REINE MARGUERITE

il, je vous dirai comme nous partons pour aller voir M. le Prince. Au retour, le roi de Navarre se résout de voir le maréchal de Matignon ; je vous prie y

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tenir la main, car on sait bien ici qu'à votre persuasion et selon que vous pousserez que cela se pourra faire pour le bien du service du roi : pour le bien du service, pour le roi, pour le repos du gouvernement et au contentement de tous les gens de bien. Nous avons vu l'autre maréchal ', mais que je vous voie et je vous en dirai des particularités. Je vous prie de croire que j'aflFectionne infiniment votre amitié, aussi vous pourrez vous servir de moi comme de votre humble et assuré ami à vous obéir ^. >

On n'a pas oublié combien Montaigne souhaitait un rapprochement entre le roi de Navarre et le maréchal de Matignon. Lui demander de s'entremettre, c'était être certain qu'il ferait tous ses efforts pour que ce projet réussît. Celui-ci n'aboutit pourtant pas et Montaigne fut réduit encore une fois à servir d'intermédiaire entre le prince et le maréchal 3. Prétextant la colique, c'est-à-dire les atteintes de gravelle dont il souffrait, Matignon ne se rendit pas à Libourne. Ce contre temps dérangeait le roi de Navarre : c Ce sera pour une autre fois, > écrivait-il. L'occasion, en effet, ne se fit pas atten-

1. Sans doute le maréchal de Montmorency, ou peut-être le maréchal de Biron, que le roi de Navarre cherchait aussi à voir. (Lettres missives de Henri IV, t. II, p. Sg.)

2. Cette lettre a été transcrite dans une préface que Prunis .projetait de mettre en tête du Journal de voyage de Montaigne,

(Le Dr Payen, Nouveaux Documents inédits ou peu connus sur ' Montaigne, i85o, in-S^, p. 49.) La date manque, mais il est aisé, en rapprochant la lettre de celle de Henri IV citée plus haut, de voir que toutes deux sont de la même époque et se rapportent au même fait.

3. Lettre de Henri IV à Matignon (Sainte-Foy, le 6 juin i585). — Lettres missives de Henri IV, t. II, p. 69.

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dre. Pour se rendre de Bergerac à Nérac, Henri de Navarre devait traverser une partie de TAgenais, où le maréchal se trouvait alors. Tous deux se rencontrèrent à Clairac le 12 juin i585, et s'y entretinrent >. Est-ce à l'insistance de Montaigne qu'on doit attribuer ce résultat ? Matignon surmonta- t-il ses répugnances sur les conseils de Montaigne ? Il n'est pas téméraire de le supposer. Dès le lendemain, le maréchal, qui n'aimait pas à écrire le récit des négociations trop délicates, adressait de Marmande à Montaigne un messager chargé de le mettre au courant de ce qui était advenu^.

La mairie de Montaigne s'acheminait ainsi vers son terme. Moins de deux mois après, le 3i juillet i585, elle devait prendre fin, mais elle s'acheva dans de pénibles circonstances. Une de ces épidémies foudroyantes, comme il en surgissait alors à peu près périodiquement, vint, à cette époque, jeter la désolation dans Bordeaux. D'où le fléau provenait-il? avait-il pris naissance à l'extérieur, ou bien tirait-il son origine des cloaques que la ville elle-même contenait? Toujours est- il que, grâce à la mauvaise situation hygiénique de Bordeaux, le mal acquit bien vite une intensité extraordinaire. Pour essayer d'entraver la contagion, les autorités se hâtèrent d'édicter des mesures énergiques. Dès le commencement de juin, les jurats, qui avaient dans leurs attributions le soin de la santé publique, ordonnè-

1 . Lettres missives de Henri IV, t. II, p. 76 (Lettre à Meslon) .

2. Archives historiques du département de la Gironde, t. X, p. 402.

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rent des précautions que le Parlement approuvait le 17 juin I. Ces précautions étaient minutieuses et sensées ; elles demeurèrent inefficaces contre la violence du fléau. Que pouvaient- elles contre un mal dont la science d'alors n'avait pas déterminé le caractère, et dont les causes étaient trop multiples pour qu'on les pût reconnaître aisément ?

Alors commence un affolement facile à comprendre. Le Parlement lui-même a pris peur et n'est plus en nombre pour siéger. Quelques magistrats seuls sont restés et essaient de rendre ainsi la justice. « Nous sommes quelque nombre, écrit au roi le conseiller Chauvin *, qui nous sommes assurés pour retenir la face de votre justice, servir à la conservation de votre ville, et consoler le peuple par nos présences, ayant ordonné ce qui nous a semblé nécessaire pour pourvoir à cette maladie même en l'absence de M. le maréchal de Matignon, espérant que Dieu, duquel procèdent les bonnes volontés, bénira les nôtres de sa grâce, dont je lui en fais très humble requête. > Matignon vient en ville juger de la grandeur du désastre et lui aussi mande au roi des nouvelles bien alarmantes. « La peste augmente de telle façon en cette ville, écrit-il le 3o juin i585 3, qu'il n'y a personne qui n'ait moyen de vivre ailleurs

1 . Ordonnance du Parlement de Bordeaux concernant la santé publique {Archives historiques du département de la Gironde, t. XXIII, p. 401).

2. Lettre publiée par Grtin, Vie publique de Montaigne, p. 290, note I, et par les Archives historiques du département de la Gironde, t. XIV, p. 289.

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