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Montalembert

[/EL homme de notre temps a mieux mérité de la religion que Montalendiert? Conserver Rome an Sonverain Pontife, rendre renseignement aux collèges catholiques, ce fut pour lui un double idéal à la réalisation duquel il se dévoua sans compter jamais ni avec la fatigue ni avec les sacrifices. Sa première parole publique fut la revendication des droits de la famille chrétienne sur ses enfants ; son premier livre, la glorification de la plus charmante des saintes, et son dernier ouvrage, que n'o)ît pu interrompre les plus cruelles douleurs, a revêtu d'un merveilleux éclat r œuvre ignorée des apôtres de la Bretagne et associé, pour les faire revivre, le langage séduisant du poète, la sagacité de F historien, la piété du fidèle et la science du bénédictin.

La tribune se souviendra longtenps de l'orateur incoiiparable qui savait émouvoir et entraîner les assemblées, gagner les causes abandonnées, et mettait son invincible parole au service de la société menacée, se portant toujours du côté où elle penchait pour la soutenir, où elle tombait pour la relever, protégeant l'ordre contre l'anarchie, la liberté contre l'oppression, et ne sacrifiant jamais ni sa dignité Jii son indépendance à la peur, à l ambition ou à la popularité.

La littérature salue dans Montalembert r écrivain qui a dérobé aux meilleurs modèles toute la délicatesse, toute la puissance de leur style rajeuni et renouvelé, et qui animait tout ce qui sortait de sa plume dun souffle original de grandeur, d'élévation et de vie. Les arts euxmêmes se rappellent avec reconnaissance ce que Montalembert a fait pour obtenir la réhabilitation de leurs plus beaux nnviunuvits, et ramener l'attention publique sur des chefs-d'œuvre si longtemps méconnus et défi pures.

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Mais surtout la jeunesse catholique, si pleine de nobles espérances et de généreuses aspirations, contemple avec une sorte de ravissement la grande figure de Montalembert.

Les jeunes ! ... chacun sait combien il s'est dévoué à leur bonheur. Il les accueillait avec une bienveillance extrêîne, il aimait à exciter leur zèle, à éveiller leur ardeur. Deveiiu leur père par l'âge et V expérience, il était toujours resté leur frère aîné par la vivacité de son esprit et de son cœur. Dans les derniers temps, ses longues souffrances avaient encore ajouté quelque chose à leur respect et à leur amour; ils venaient auprès de lui apprend?'e à lever les yeux en haut, à ne jamais souiller leur cœur de servilité et de bassesse, à conserver sans altération la rectitude des intentions et l'intrépidité de la conscience. Sa conversation, tour à tour enjouée et profonde, leur enseignait à faire sortir un intérêt puissant, une instruction solide, un trait éclatant du sujet le plus ordinaire, et de sa maladie ils recevaient les saintes leçons de l'épreuve sans murmui'c, de la douleur sans plainte, et de la résignation chrétienne.

A travers les révolutions et les vicissitudes de l'histoire si tourmentée du XIX*^ siècle, dans le choc des partis, dans la lutte acharnée des opinions, aucun de ceux qui ont occupé le premier rang n'a échappé aux reproches souvent amers de la critique. Montalembert a trop agi, a pris parmi les combattants une trop grande place, pour n'avoir pas eu sa part de récriminations et de blâme. Personne n'a contesté la supériorité de son talent; la noblesse, le désintéressement de son caractère ont été à l'abri de tout soupçon; mais des accusations parties des camps opposés lui ont reproché, dun côté le fanatisme et l'exclusion de ses croyances, de l'autre la trop grande latitude de ses opinions. Aux yeux des uns, il exagérait l' obéissance à l'Eglise ; au dire des autres, il avait le tort de vouloir y introduire trop de liberté. En réalité, cet honmie de guerre, ce chevalier dont la parole était un glaive, ce croisé qui frappait de si grands coups dans la mêlée n'a eu qî^'îin but auquel toute sa vie a été fidèle : il a poursuivi la conciliation de l'ordre et de la liberté, l'accord de l'Eglise avec son siècle et son pays, il a voulu renverser les barrières qui s' élevaient entre les opinions, et rendre à tous les hommes de son temps l'accès du christianisme doux et facile ; si dans la poursuite de cette harmonie on a pu. quelquefois lui reprocher de s'être risqué sur un terrain glissant, c'est que vivait en lui l'énergique conviction qu'aucun effort ne devait être épargné pour abattre l'obstacle et écarter du chemin de la foi ce

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qui lui seviblait rendre la vérité plus difficile à accepter et la sainte doctri7ie moins accessible.

En pénétrant dans rintimité de cette âme qui n apparaissait au dehors que toujours armée, et dans le feu de l" attaque ou de la défense, on découvre des trésors de compassion et de bonté. Le monde sait les succès qu'il a obtentis, les victoires qiiil a remportées ; Dieu seul connaît ce qu on pourrait appeler les excès de sa générosité. Il ne se cantentait pas de trouver toujours le tenps, au milieu de ses immenses travaux, de s intéresser à toiites les questions qui touchaient au bien-être des pauvres et des petits, de faire entendre sa voix puissante pour que l orphelin et r abandonné fussent recueillis et élevés avec tendresse, pour que l ouvrier ne devînt pas la victime dît travail, pour que la société se montrât, connue l'Eglise, mie mère douce et attentive envers les moins favorisés de ses enfants. Quand il s'agissait de venir en aide atix profondes misères, il ne s'arrêtait devant aucun calcul ; il mesurait le secours, non à sa fortune mais aux besoins qui s'adressaient à lui ; et la délicatesse du don ajoutait eticore à sa valeur.

Il avait un autre mérite plus difficile et plus rare peut-être : il aimait le succès des autres, il travaillait à leur réputation, il se réjouissait de leur gloire. Sur le terrain politique, oii les luttes de F ambition se confondent avec celles du patriotisfne, oit les meilleurs esprits ne peuvent se défendre de la peur du triomphe d' un rival, souvent même d'un ami, oii ils 11 aperçoivent qu'avec peine, jusque dans les compagnons de leurs travaux et les défenseurs de lezirs idées, une puissance naissante qui affaiblit leur situation, une ascension qui les diminue, Montalembert n'était janiais plus heureux que le jour où il pouvait applaudir à la révélation d'un talent, à la prise de possession d'une influence, et on a vu ce grand capitaine, à la veille du triomphe obtenu par ses armes, céder à des mains plus jeunes le drapeau qu'il avait si glorieusement porté, s'effacer pour laisser passer une nouvelle gloire, niettre sa joie à la faire reconnaître et lui abandonner l'honneur d'achever la victoire.

Il faudra qu'un jour une lumière éclatante se fasse sur ces beaux exemples de droiture, de désintéressement, if honneur, qui contrastent avec les affaiblissements et les décadences que Montalembert reprochait à son siècle. A mesure que s'éloigneront les querelles qui nous ont tant divisés, que se résoudront les problèmes dont la recherche a été la gloire et le danger de nos jours, le nom de Montalembert prendra

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j^rcface

une plus grande place parmi le petit nombre de ceux qui sont l' lionne ur de leur temps et de leur pays. Anx yeux de F avenir, il sera le défenseur de F Irlande et de la Pologne, l'avocat des causes vaincues et de la justice opprimée, l7iistorien des âmes énergiques et saintes ; il sera surtout l'homjne pidèle Jusqu'à la Jin à ses deux grands amours ■' la religion et la liberté. E)i le Jugeant alors des hauteurs oit il se plaçait pour agir, la postérité attribuera ce que les contemporains ont pu trouver d'absolu dans ses exigences, de sévérité dans ses appréciations et même d'excessif dans ses iiidignations et ses colères, non à la contradiction et à l'inconséquence, mais à l'excès même du dévouement qu'il portait a?ix cajises quil aimait. Il avait la passion du beau, du bon et du vrai ; même appliquée à ces sublimes choses, la passion emporte quelquefois au delà des limites ordonnées; ses élans dépassent le but, la froide raison a souvent le devoir d'en appeler de ses Jugements, et l'envie peut triompher de ses fautes et de ses écai'ts ; mais l'humanité l'aime et l'admire, car dans une telle passion se trouvent la source où se puisent les grandes idées et les belles actions, le souffle qui transporte au-dessus des jnesquines ambitions et des vulgaires désirs, la puissance qui donne à la pensée fugitive de f homme cFun jour l'action universelle et l'immortelle durée, le feu divin où s allume

le génie ! .

Armand de Melun.

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