‹ MontalembertChapitre 62 sur 71 · EMILE OLIVIER. (P · texte numérisé non relu

EMILE OLIVIER. (P

parce que M. de la Borde, directeur général des archives, nous prête son local pour une réunion. Il a fallu batailler pendant un mois entier. La correspondance échangée à ce sujet avec le secrétaire de la société et votre serviteur, soigneusement conservée par moi, sera un des monuments les plus amusants de l'histoire confidentielle du second Empire. N'ayant pas voulu changer une virgule, c'est de guerre lasse, et sous le coup de la menace répétée de ma retraite, que mes savants et courageux confrères m'ont enfin autorisé à enfouir cette notice dans leur bulletin.

296 jEantaïcnifiert

» Vous voyez, mon cher ami, que je ne fais plus, comme vous me le reprochez quelquefois, le mort parmi vous. Ce n'est pas en courant de village en village et de presbytère en presbytère, comme je l'ai trop fait avant mes deux défaites électorales, que l'on montre que l'on est vivant. Lorsqu'on est à mon âge, ce n'est plus par ses démarches, mais par ses écrits et par ses paroles, que l'on se montre à ses semblables. Que l'on accueille donc mes ouvrages, que l'on me blâme et que l'on me combatte, je ne m'en plaindrai pas, étant beaucoup trop homme de lettres pour ne pas préférer mille fois la critique au silence. »

^Maîcke, 75 août iS6§. — Je le disais hier à l'abbé Besson, et je vous le répète : de toutes les lettres que j'ai reçues pendant ma trop longue vie, je ne sache pas qu'aucune m'ait plus intéressé et à plusieurs égards plus ému que la vôtre du 6 août. Elle fait un honneur infini à votre âme, à votre conscience, à votre jugement, et j'ajouterai, à votre style. Les personnes auxquelles je l'ai lue, P4^me tJe Montalembert, mon gendre, ]\L de Meaux, et mon beau-frère, le comte Werner de Mérode, ont eu absolument la même impression que moi... J'espère que vous me procurerez la satisfaction de vous entretenir à mon aise dans ces belles montagnes, où vous ne trouverez malheureusement presque plus de souvenirs des temps héroïques dont vous avez entrepris le récit. Il y a cependant ici un vieil avocat, nommé Perrot, octogénaire, et un paysan nommé Châtelain, père de M. le curé de Chazot, qui ont encore la mémoire fort alerte et que vous ferez peut-être bien de consulter avant leur prochain décès... Acceptez, je vous prie, mes encouragements les plus chaleureux. Vous avez entrepris une œuvre admirable (■), et vous y apportez les dispositions les plus judicieuses, les plus intègres, les plus édifiantes qui se puissent imaginer. Surtout ne vous laissez pas arrêter par ces esprits étroits et pervers qui prétendent que l'on peut servir la vérité en la sîippriiiiant ou en l'habillant au gré de ses préférences ou de ses répugnances. Persévérez dans votre projet de dire la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité. Mais élaguez les longueurs inutiles, et surtout les considérations ou les détails relatifs aux événements généraux et à la législation générale. On n'ira pas chercher cela dans vos volumes. Je n'ai pas le loisir de vous dire la centième partie de ce que votre lettre m'a fait éprouver... »

« La Roche en Breny, janvier 1866. — Notre petit cercle de famille, grossi en ce moment de ma fille mariée et de ses enfants, a beaucoup ri de l'intéressant récit que vous me faites sur le changement de votre préfet et sur la part que certaines gens m'attribuent ou à M. de Mérode dans cette affaire. Démen-

Page 1