I. C'était un ouvrage historique sur la Franche-Comté
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tez ce bruit dans l'occasion. Je consens à passer pour tout ce qu'on voudra, excepté pour avoir de l'influence au ministère et du crédit à la cour...
» L'impression du quatrième volume des Moines d'Occident, retardée par la maladie et la mort de M. LecofFre, va tant bien que mal; si vous avez dans les Attnales fi'anc-comtoises une place vide en février ou plutôt en mars, je vous donnerai volontiers un morceau, mais je ne sais lequel choisir, tant cet énorme bloc, d'un ennui écrasant pour le commun des lecteurs, est fortement cimenté par des détails de pure érudition ou plutôt de scrupuleuse exactitude. Cette exactitude, qui entraine à sa suite, bon gré mal gré, la sincérité et par conséquent l'impartialité entre les adversaires, était quelque peu estimée du temps de Mabillon et de Fleury. Elle n'est plus du goût de notre pays ni de notre temps. Il faut au.\ gens des histoires mêlées d'imprécations furibondes contre les uns et d'adulations écœurantes en l'honneur des autres.
» Vous voyez que je ne suis pas très malade ('), puisqu'une fois étendu sur mon canapé, je puis dicter toutes ces longueurs, à la grande désolation de Madeleine, qui aimerait beaucoup mieux faire la généalogie des Tudors et des Stuarts, dont elle s'occupe en ce moment... »
« Paris, ij avril 1866. — ■ Vous avez dû recevoir ces jours-ci, sous bande, trois bonnes feuilles du tome IV des Moines d'Occident. Ce chapitre sur saint Oswald m'a paru pouvoir se détacher pour les Annales franc-comtoises, mais uniquement pour leur donner une marque de ma vive sympathie. Je proteste de toutes mes forces contre cette publicité fragmentaire. Elle est aussi contraire à l'intérêt de l'auteur qu'à l'instruction du lecteur. Pour un sujet tel que le mien, elle est fatale. Mais comme il faut savoir sacrifier l'amour-propre à la charité fraternelle, j'ai cédé, comme pour le Correspondant et la Revtie d'économie chrétienne, aux instances que vous avez bien voulu me faire. Je ne tiens pas du tout à ce que vous reproduisiez les notes qui ne renferment que des citations latines, et je me contenterai bien volontiers des notes françaises.
» Mais comment faire comprendre à nos lecteurs ce qu'étaient les Saxons, les Celtes, les Northumbriens et tout le reste, dont ils n'ont pas peut-être la moindre idée ? Pour cela, il faudrait un entête de deux ou trois pages que je n'ai absolument pas le temps de faire, ni vous non plus. Nous sommes tous deux écrasés, surchargés, accablés. Hélas ! une toute petite poignée d'hommes a tout à faire, tandis que la foule de ceux qui pourraient et qui devraient partager leurs travaux végète dans l'oisiveté...
» Adieu, pensez quelquefois à mon àme et priez pour moi. J'ai de grandes
I. Montalembert venait de ressentir les premières .iiicir.cs du mal incurable qui dev-ait assombrir le reste de sa vie.
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tribulations, comme il en arrive aux hommes de toute condition, mais surtout de la mienne, qui ont mangé leur pain blanc le premier. Comptez sur ma respectueuse et fidèle amitié. »
Vers ce même temps, une affreuse nouvelle vint déchirer l'âme du vaillant chrétien, déjà tant de fois éprouvé, et lui rappela toutes les pertes qu'il avait faites ici-bas. Le général de Lamoricière venait d'être subitement frappé par la mort. Après avoir fait, en embrassant la cause pontificale, le sacrifice de son nom, de sa réputation, de son auréole militaire, de ses anciennes victoires ij après avoir été impopulaire jusqu'à l'héroïsme, il mourait dans la retraite, ayant eu à peine le temps de décrocher son crucifix comme autrefois il décrochait son sabre, trop vite pour recevoir des secours humains, assez lentement encore pour murmurer le nom de Dieu, appeler un prêtre et recevoir la grâce de l'absolution. C'est ce tableau que Montalembert voulut tracer dans son article intitulé : Le général Lamoricière (^\ Hélas ! c'était le dernier qu'il rédigeait en pleine santé ; c'était sa propre fin, non moins soudaine et cependant encore consolée par la présence du prêtre et les secours de la religion, qu'il décrivait d'avance, ayant eu aussi, comme il le disait de son illustre ami, ces quinze ans de disgrâce humaine où la grâce divine envahissait son âme et le menait, à travers les épines et les croix, les avanies et les désastres, les angoisses et les amertumes, au couronnement chrétien de sa carrière.
Ce tribut payé à l'amitié et à la vraie gloire, le désir de compléter ses études sur l'ordre de Saint- Benoît en Espagne et d'étudier l'état politique de cette nation, conduisit M. de Montalembert dans la Péninsule. Rentré à la Roche, il reprit sa correspondance et ses lectures franc-comtoises, non toutefois sans méditer le projet d'un nouveau et bien plus long voyage, celui d'Amérique. Mais au moment où il commençait à prendre ses dispositions dans cette vue, il était cloué, et pour toujours, sur ce lit de douleur qui devait être pendant quatre ans le calvaire de son corps épuisé, en laissant toutefois à son âme toute sa vigueur, à sa parole toute sa liberté et toute sa verve. Les habitudes laborieuses de sa vie, trop secondées par l'ardeur de son intelligence, avaient amené à la longue une cruelle infirmité, qui rendit nécessaire une opération chirurgicale. Mais le mal était trop caché et trop profond. Tous les secours de l'art se bornèrent à laisser échapper la suppuration ; malgré les soins incomparables de M. Nélaton, il fut impossible d'enrayer le mal et de cicatriser la plaie. Les premières nouvelles de ce triste événement furent signalées à ses amis par M^'^ Madeleine de Montalembert, devenue, à partir de ce jour, le secrétaire intime de son illustre père.