‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 100 sur 242 · SUPPRESSION DE L'UNIVERS · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DE L'UNIVERS

de respectueuses doléances, les plus ardents, M^ Dupanloup et M*^' Pie, protestent de nouveau contre la spoliation qui se prépare. M^' Brossais Saint-Marc, l'archevêque de Rennes qui naguère comparait Napoléon III à saint Louis, exprime son complet désenchantement : a Je n'ai plus ni foi, ni espérance, ni charité, dit-il ; il ne me reste que la contrition. » Cependant Pie IX répond à la lettre impériale : il déclare qu'il ne se reconnaît pas le droit d'aliéner la moindre portion du territoire pontifical et, dans une encyclique solennelle, il dénonce au monde catholique les projets du Piémont et de ses alliés.

Le gouvernement, décidé à étouffer l'opposition naissante des cathohques, frappe un grand coup et, sous prétexte que rUnivers vient de publier l'encyclique pontificale, il le supprime brutalement. A vrai dire, le journal reparait quelques jours plus tard sous le nom deil/ow6/e;mais, pendant quelques années, Louis Veuillotn'y pourra combattre. Hélas ! la division ne demeure pas moins profonde de part et d'autre. C'est au point que l'Univers n'a, pas même mentionné le dernier écrit de Montalembert et les poursuites auxquelles il a donné lieu. Louis Veuillot reconnaît volontiers qu'il s'est trompé sur l'Empereur (1), mais il persiste plus que jamais à soutenir

Son chapitre qui tremblait autant que lui, et ce n'est pas peu dire, avait pris la loupe et relevait chacune de mes expressions avec une unanimité touchante. D'un autre côté, le préfet avait chargé le commissaire central d'assister à tous mes sermons. Le pauvre homme! S'il ne s'est pas converti, il a dû bien s'ennuyer. Pensez donc : 40 sermons à subir, à entendre, à éplucher! » M^' Mabile, nommé évêque de Saint-Claude sur la recommandation de Montalembert, était devenu fervent impérialiste. Tout récemment, il avait qualifié le Débat sur l'Inde « l'acte d'un mauvais citoyen et d'un mauvais catholique ». Plus tard, il défendra de célébrer dans son diocèse un service funèbre pour l'âme de son promoteur à l'épiscopat.

(1) Quelques mois après, Foisset écrivait à Montalembert : « Figurez-vous que ce matin, vers dix heures, comme j'avais chez moi le supérieur des Jésuites, de céans, la porte de mon cabinet s'ouvre, et je vois paraître, qui? Louis Veuillot... Il arrivait d'Époisses et ne s'était arrêté à Dijon, entre deux trains, que pour voir votre serviteur. Il a eu le bon goût de me dire tout d'abord qu'il était fort aise de rencontrer chez moi un témoin et de me dire devant le R. P. qu'assurément j'avais mieux jugé les choses que lui en décembre 1851, que je l'avais averti et qu'il aurait bien fait de me croire. Il est vrai qu'il n'a pas manqué d'ajouter qu'au surplus, quand il eût suivi mes conseils, « il n'en serait arrivé ni plus ni moins ». Je n'ai pu m'empêcher

ses théories absolutistes. Volontiers Montalembert oublierait tout ce qu'il a souffert, il ne peut oublier tout ce qu'on a dit et écrit depuis dix ans. Quand M. Keller vient le supplier « de mettre fin à un malentendu satanique » : — « 11 ne s'agit pas d'un malentendu, répond-il, mais d'un dissentiment profond et radical. Si nous sommes d'accord sur la question du pouvoir temporel (et encore, n'est-ce pas bien sûr), nous ne le sommes sur aucune autre, ainsi que le démontre suffisamment chaque ligne de l'Univers. Il serait par trop commode pour la bassesse et la violence, lorsqu'elles sont tombées dans le piège qu'elles ont elles-mêmes creusé, de nous tendre la main pour que nous les en retirions, au risque de paraître leurs complices. (1) » Il écrit de même à W^ de Mérode :

« Vous ne me faites pas l'injure de croire que je suis du nombre de ces bons citoyens que re/owi? la mort de l'Univers. Je déteste tous les bâillons et n'ai jamais voulu réfuter mes adversaires par d'autres armes que celles de la raison et de la libre discussion. Mais je déclare très haut que je n'éprouve pas la moindre pitié pour des gens qui ont certifié d'avance la justice de l'arrêt quiles frappe, quand ils ont dit : (n» du 22 décembre 1855) « Nous nous attribuons le bénéfice de parler et d'écrire chaque jour, en « le refusant à d'autres qui n'offrent pas les mêmes garanties que nous... « La législation actuelle sur la presse est celle de VÈglise : V avertissement et « la suspension. » Je leur envie l'honneur d'une si belle mort, que ne méritait pas une si triste vie. Le châtiment que méritait l'Univers était de vivre et d'enregistrer chaque matin le démenti flagrant que les événements se chargent de donner à ses théories et à ses pratiques. »

Puis, précisant ses griefs et la part qu'il attribue à ses adversaires dans la crise actuelle :

« D'où vient, demande-t-il, que la situation est plus dangereuse en 1859 qu'en 1849 et même qu'en 1809? C'est qu'alors Vopinion publique en France et en Europe était sympathique à la papauté et qu'aujourd'hui elle lui est hostile : et c'est dans cette hostilité incontestable que l'Empereur puise l'audace nécessaire pour agir comme il agit... Et d'où vient

de répliquer sur-le-champ que, s'il m'eût écouté alors, on ne serait pas fondé du moins à lui dire : Patere legem quam laudasti, ce dont il est tombé d'accord d assez bonne grâce. » 24 juillet 1860. (1) A M. deFalloux, 7 janvier 1860.

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