‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 99 sur 242 · RECONNAISSANCE DE PIE IX · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE DE PIE IX

pher les passions d'un peuple aveuglé et coupable, sauf à s'en laver les mains. Mais qui donc voudrait être le Pilate de la papauté? » Le lendemain, M^"" Dupanloup, le prince de Broglie et iVI. Foisset arrivèrent à la Roche pour s'entretenir avec leur ami des dangers du Saint-Siège. Ils approuvèrent l'article , qui parut dans le Correspondant du 25 octobre 1859.

Quelques jours après, cet article, publié en brochure, était saisi par la police impériale et Montalembert poursuivi de nouveau, sous l'inculpation d'avoir excité à la haine et au mépris du gouvernement. Pour comble, il apprenait à ce moment même la mort de son frère que nous raconterons plus loin. Accablé de douleur, rongé par la maladie, il dut revenir en toute hâte à Paris et comparaître devant le juge d'instruction. « J'y occupe dit-il, la place encore chaude d'un escroc qui ne sait pas signer, mais qui sait assez bien voler pour qu'on le déclare disponible, c'est-àdire bon à être reconduit en prison par l'alguazil de service. » Montalembert, lui, ne fut pas déclaré disponible, et le juge d'instruction abandonna les poursuites.

Au milieu de ses angoisses, la grande consolation de l'orateur fut de trouver à la fm d'une lettre de M^ de Mérode ces paroles que le Saint-Père y avait ajoutées de sa propre main : « Je bénis avec une paternelle affection le comte de Montalembert. Je désire que le Seigneur lui accorde la santé du corps, et qu'il le comble surtout de ses célestes bénédictions, avec toute son excellente famille. Pie IX, pape. »

Vivement touché de cette marque de bienveillance, Montalembert crut devoir en remercier le Saint-Père : «... Du sein de la tristesse universelle des fidèles, lui disait-il, mon âme prend naturellement son vol vers Rome, quasi avis ex jEgypto et columba de terra Assyriorum. Ma pensée erre sans cesse dans ce Vatican où j'ai eu, il y a dix ans, le bonheur de m'agenouiller devant le vicaire de Jésus-Christ et de m'entretenir avec lui. En ce temps là, les institutions publiques de la France nous avaient permis, à moi et à d'autres honnêtes gens, de servir la cause du Saint-Siège et de la préserver des trames qui dès lors menaçaient Votre

Sainteté. C'a été l'honneur de notre vie. La douceur et le légitime orgueil de ces souvenirs sont assombris aujourd'hui par l'intense affliction que nous inspire l'impuissance à laquelle nous sommes désormais réduits. Mais nous savons que si l'Église ne dédaigne le secours d'aucun de ses enfants, elle peut toujours s'en passer. Nous savons que Dieu infligera tôt ou tard un inévitable châtiment aux auteurs des attentats commis contre la sainte faiblesse de son épouse. Nous sommes pleins de confiance dans l'invincible fermeté du successeur de saint Pierre. (1) »

Pendant les premiers mois de 1860, l'anxiété des catholiques continue. Les amis de rUnivei^s refusent encore de croire à la défection de l'Empereur. Vous verrez, disent-ils, tout s'expliquera. On connaîtra bientôt sa vraie pensée. Cette pensée se laisse en effet entrevoir dans la célèbre brochure : le Pape et le Congrès, qui conclut à la nécessité de dépouiller Pie IX pour le mieux honorer, et, suivant l'expression pittoresque de Cochin, condamne Rome à n'être qu'une « lamaserie endormeuse et endormie, berçant les hommes sur ses genoux comme des enfants avec des cantiques, et les enivrant d'encens et d'eau bénite ». Mais la pensée impériale apparaît surtout dans la lettre de Napoléon III au Souverain Pontife, publiée le 11 janvier. « Quelque pénible que soit la solution, déclare cette lettre, ce qui me paraîtrait le plus conforme aux véritables intérêts du Saint-Siège, ce serait de faire le sacrifice des provinces révoltées... »

Il n'y a plus à douter, c'est l'abandon du pape. Quelle déception profonde pour les catholiques impérialistes! Ils en restent d'abord stupéfaits. Tandis que certains prélats politiques ou timides interdisent d'aborder en chaire la question romaine (2) et adressent secrètement à l'Empereur

(1) Montalembert à Pie IX, 21 janvier 1860.

(2) Le prédicateur du carême à la cathédrale de Versailles écrit à Montalembert : « D'un côté, l'évêque (M^' Mabile) m'a défendu de parler du pape.

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