M»' XAVIER DE ME RODE
lory, Nettement, Poujoulat et autres ont consacré à la défease de la bonne cause.
« Ces écrits, vraiment catholiques, ont été applaudis de tous, soit par la force des arguments qu'ils présentent, soit par l'élévation et l'éloquence de leur langage. Ils persuaderont et convaincront quiconque ne veut pas renoncer à son bon sens. Je me réjouis du fond du cœur de voir de tels écrivains fouler aux pieds tout respect humain, pour faire triompher la vérité attaquée de tant de côtés et de taut de façons.
« Que le Seigneur leur accorde la force nécessaire pour continuer avec courage la lutte qu'ils ont entreprise. A cette fin, le Saint-Père leur accorde à tous la bénédiction apostolique. »
Cependant Rome aussi se prépare à la lutte suprême. Les Romagnes sont perdues, rOmbrie et les Marches menacées; on ne veut pas du moins les abandonner sans résistance, et Mérode, ministre des armes, prend la place d'Antonelli. Nos lecteurs connaissent de longue date cette noble et originale figure. Séduit par son éminente piété, son dévouement infatigable et plus encore par son impétueuse franchise, Pie IX en a fait son confident intime. Jamais sujet n'a dit la vérité à son souverain avec une telle liberté. Il la dit de même à Montalembert et en reçoit, à l'occasion, d'énergiques bourrades. Car M^"" de Mérode a le tort impardonnable de ne pas détester Veuillot et de n'être pas aussi libéral qu'il le faudrait. Ne s'est-il pas permis d'aller, de la part du Pape, offrir le cierge de la Chandeleur à M'^^ Veuillot?
« Vous devez, mon cher Xavier, écrit Montalembert, vous regarder comme un des principaux auteurs de la situation, vous qui, en allant porter récemment le cierge du Pape à M^^« Veuillot, avez dit (s'il faut en croire les récits de cette dame et de ses amis) ; « Je suis heureux d'être « chargé de cette commission, afin de montrer queje ne partage aucune des « bêtises démon beau- frère. » A ce sujet, je me borne à vous présenter ce simple rapprochement : Quand les bêtises de votre beau-frère avaient cours parmi les catholiques de la France et des pays voisins, la France envoyait une armée en Italie pour rétablir l'autorité du Saint-Père. Aujourd'hui que ces bêtises ont fait place au régime auquel M^'Parisis a appli-
(1) Le cardinal Antonelli à M«' Sacconi, 10 février 1860.
que le texte: attingens a pieusque adfinem, disponit omnia suaviter atque fortiter, la même France envoie dans la même Italie une armée et un César pour y faire ce que vous savez... »
Les deux beaux-frères ne laissent pas pour cela de s'aimer tendrement et d'avoir l'un envers l'autre une absolue confiance :
« Soyez assuré, mon cher Xavier, continue Montalembert que ces graves dissentiments n'altèrent pas mon affection pour vous et ne me fontpas douter de celle dont vous m'avez donné tant de preuves. Je ne vous confonds pas avec vos clients. Je sais que vous seriez très capable, le cas échéant, de me faire brûler vif, mais ce serait uniquement pour le plus grand bien de mon âme... C'est pourquoi, ayant la confiance qu'il ne vous sera jamais donné de transformer vos théories en pratique, je vous embrasse cordialement et fraternellement.... (1) »
Au mois de mars 1860, M^^'deMérode arrive à Paris. Pour la première et la dernière fois de sa vie, il aborde Napoléon m : tt Eh bien, Monseigneur, les choses ne vont pas très bien à Rome! — Hé, sire, où les choses vont-elles bien? » riposte le spirituel prélat. Il découvre secrètement à Montalembert le but de son voyage. Il vient de voir Lamoricière et lui a demandé, de la part du Pape, d'organiser l'armée pontificale : « Quand un père appelle son fils pour le défendre », a répondu le général, il n'y a qu'une chose à faire, c'est d'y aller. » M^"" de Mérode parle des dangers de l'entreprise, et Lamoricière réplique : « Je n'ai ni peur ni espoir! « Ils partent ensemble à travers la Belgique et l'Allemagne. Montalembert les suit avec admiration et envie. Que ne peut-il les suivre en réalité et finir ses tristes jours en combattant pour l'Église! Quel désespoir d'être malade, « métamorphosé en poisson, réduit à faire trois saisons d'eau par an, à rester deux ou trois heures par jour dans une baignoire et à m'incorporer quinze ou seize verres d'eau minérale entre le lever et le coucher ». Pour se consoler, il place sur son bureau le portrait de Lamoricière, « afin, dit-il, d'avoir toujours devant moi l'image
(I) Montalembert à Ms' de Mérode, 8 décembre 1859.