CASTELFIDARDO
de rhomme qui, au temps où nous sommes, honore le plus et sert le mieux son pays, sa cause et sa foi >). Du fond de sa retraite, il applaudit aux efforts du général et de M^"" de Mérode : « Je ne saurais assez vous dire, écrit-il à ce dernier, combien je suis fier de vous, du rôle que vous jouez dans cette grande tragédie, de l'honneur immortel que vous ajoutez à un nom dont la gloire m'a toujours été si chère. Dilexi decorem domus tuœ, puis-je dire en vérité, depuis que mon mariage m'en a rapproché : et rien n'a plus contribué à ce decus que votre attitude récente et actuelle. » Cependant les événements se précipitent. Au mois de mai 1860, Garibaldi débarque en Sicile, la conquiert, passe le détroit, soumet le royaume de Naples et menace l'État pontifical. De son côté, Cavour brûle d'entrer en campagne. Mais l'Empereur le permettra-t-il? Cialdini le lui demande à Chambéry, et en reçoit, s'il faut l'en croire, la réponse fameuse : Fate presto. Cavour ne se le fait pas redire ; il n'est pas longtemps à trouver le prétexte : ce sont les armements du Pape. Ces armements « offensent profondément la conscience de r Italie et de l'Europe ! » Aussitôt les troupes piémontaises fondent, dix contre un, sur la petite armée de Lamoricière et l'écrasent à Castelfidardo(l). Gomme au temps des antiques croisades, les soldats du Pape n'ont réussi qu'à sauver l'honneur.
Quelques semaines après, le 12 octobre, dans un discours
(1) Dans une lettre à M. de Falloux pour Texciter à protester contre ce guet-apens, Montalembert écrit : « J'ai vu le nonce deux fois, et jamais je n'ai vu d'homme plus exaspéré. Il trépigne, il crie, il étend les bras, enfin il casse les vitres. Il dit tout haut que l'Empereur ment toujours et qu'il faut que personne ne soit dupe de la « détestable comédie » qui se joue par le renvoi de M. de Goyon à Rome et le rappel du ministre français de Turin. Il insiste pour que le Pape quitte Rome, afin de se dérober à la mensongère protection de ses pires ennemis... L'essentiel, ajoute Montalembert, est que nous parlions haut et ferme et, comme je vous l'ai dit, que notre parole soit une arme à deux tranchants, qu'elle frappe à la fois la honteuse politique de l'Empire et l'adulation plus honteuse et plus mensongère encore de l'épicopat. Dieu veuille qu'on vous fasse un procès... Méritez-le de votre mieux, je vous en conjure. » 14 septembre 1860.
au Parlement de Turin, M. de Cavour déclarait que le progrès des idées libérales amènerait, dans un avenir plqs ou moins éloigné, la solution de la question romaine. « La liberté, disait-il, est hautement favorable au développement du véritable sentiment reKgieux. Ma conviction est que cette vérité triomphera bientôt. Nous l'avons déjà vue reconnue par les défenseurs les plus passionnés des idées catholiques ; nous avons vu un illustre écrivain, dans un moment lucide, démontrer à l'Europe, dans un livre qui a fait grand bruit, que la liberté avait été très utile pour relever l'esprit religieux. »
Montalembert, mis personnellement en cause et indigné de voir le spoliateur du Saint-Siège dissimuler ses desseins pervers sous le masque d'un accord trompeur entre la religion et la liberté, protesta avec vigueur :
« Grâce à Dieu, dit-il, votre politique n'est pas la mienne.
« Vous êtes pour les grands Étals centralisés, je suis pour les petits États indépendants.
« Vous méprisez les traditions locales en Italie, je les aime partout.
« Vous êtes pour Tltalie unitaire ; je suis pour l'Italie confédérée.
« Vous violez les traités et le droit des gens; je les respecte, parce qu'ils sont entre les États ce que sont entre les hommes les contrats et la. probité...
« Vous détruisez le pouvoir temporel du Souverain Pontife ; je le défends avec toute l'énergie de ma raison et de ma tendresse.
« Vous réprouvez la politique qui a fait l'expédition de Rome en 1849, et je me fais gloire de l'avoir soutenue. Malgré les cruels et inexcusables démentis qu'elle a reçus depuis, je lui rends grâce encore, car c'est la dernière et vacillante conséquence de cette expédition qui, aujourd'hui même, contraint la France et le Piémont à se rencontrer face à face devant le Capitole.
« Vous donnez aux héj^os de Garibaldi les éloges que je réserve aux mercenaires de l'immortel Pimodan.
« Vous êtes avec Cialdini, je suis avec La Moricière. Vous êtes avec le père Gavazzi, je suis avec les évêques d'Orléans, de Poitiers, de Tours, de Nantes, avec toutes ces voix catholiques qui, dans les deux mondes, ont protesté et protesteront contre vous.
« Je suis surtout avec Pie IX, qui fut le premier ami de l'indépendance italienne, jusqu'au jour où cette grande cause passa aux mains de l'ingratitude, de la violence et de l'imposture. . .
« ... Je dis sans hésiter : L'Église libre au sein d'un État libre, voilà pour moi V idéal.... r