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LES ENVIRONS DE LA ROCHE

son ami et son confesseur. Ensemble ils restaurèrent l'église : xMontalembert suggéra le plan et fournit une partie de l'argent On le voyait chaque dimanche assidu aux offices, édifiant tout le monde par sa piété. Il paraît que le bon curé, intimidé par la présence de l'illustre orateur, fermait les yeux en prêchant pour ne point l'apercevoir. Montalembert passait souvent l'hiver à la Roche. En parcourant les allées de ses bois couvertes de neige, il se rappelait les beaux vers de Saint-Amand :

Cette saison me plaît; j'en aime la froideur; Sa robe d'innocence et de pure splendeur Couvre en quelque façon les crimes de la terrev

Noël était sa fête de prédilection. Huit jours d'avance, sous la direction de ses filles, les gens du château préparaient les guirlandes de houx qui, à la messe de minuit, devaient orner la crèche divine.

Faut-il parler de la sollicitude de Montalembert pour les pauvres? Chaque vendredi, en souvenir de la Passion de Notre-Seigneur, « ces amis des tabernacles éternels », comme les appelle l'Évangile, étaient reçus au château. Les jours suivants, on leur rendait leur visite. Souvent Montalembert accompagnait ses filles jusqu'aux hameaux éloignés; il pénétrait avec elles dans les plus misérables chaumières et, pendant qu'elles prodiguaient aux malades leurs soins et leurs aumônes, l'historien de sainte Elisabeth y mêlait des paroles de consolation et d'espérance.

Les environs de la Roche abondent en châteaux et en souvenirs historiques. A quelque distance se trouvent Rourbilly, illustré par le séjour de sainte Chantai; Époisses, manoir des Guitaut, habité par le grand Condé et visité par M^^ de Sévigné; Chastellux, où résidait la vénérable M™° de Chastellux dans la majestueuse demeure de ses pères. Mais, de toutes ces excursions, l'abbaye de laPierre-qui-vire, située à 8 kilomètres de la Roche, a toutes les préférences de Montalembert. Là, dans une des gorges les plus sauvages du Morvan, un saint prêtre bourguignon, le P. Muard, s^est retiré pour se livrera la prière et à la pénitence. Il a groupé autour de lui quelques disciples et fondé un monastère où fleurit dans toute sa ri-

gueur la règle primitive de saint Benoit. Comment l'historien des Moines ne s'intéresserait-il pas vivement à cette restauration, qui rappelle les fondations héroïques du treizième siècle? Aussi vient-il souvent à la Pierre-qui-vire. Il s'y rend même à pied, à travers ses bois. « Il voit ces hommes dont plusieurs ne sont nullement accoutumés au travail des mains, s'y livrer avec une ardeur pleine de joie. Vêtus de haillons, couverts de poussière et de sueur, ils arrachent des arbres, fendent des blocs de granit et les transportent avec mille fatigues. Ils creusent un chemin, ils élèvent une terrasse, ils servent les maçons. Pour nourriture, des légumes, sans autre assaisonnement que le sel, du pain et de l'eau. Le matin, avant le lever du soleil, et le soir quand le travail est fini, on récite l'office divin autour d'une lampe dont la flamme fumeuse est agitée par le vent qui pénètre à travers les planches mal jointes de la pauvre demeure. » Bientôt, entre Montalembert et le P. Muard une touchante amitié s'établit. Le saint prie pour son ami, qui lui prodigue en retour ses aumônes et son influence la plus énergique. Pas un hôte important ne vient à la Roche sans être conduit au monastère, et personne ne voit de près la vie pénitente de ces religieux sans être édifié et pénétré d'admiration.

Dans la belle chapelle romane que les moines ont élevée en leur solitude, ils montrent volontiers l'emplacement choisi par Montalembert pour son tombeau. Il avait fait ce beau rêve, s'il mourait à la Roche en Breny, de dormir son dernier sommeil au milieu des moines, d'être porté en quelque sorte par leurs ferventes prières jusqu'aux pieds du souverain Juge. On eût pu alors reproduire dans la chapelle du monastère le mausolée du vieux sénéchal bourguignon qui se trouve au Louvre : six moines à la face énergique et désolée portent sur un bouclier le corps du vaillant chevalier qui jusqu'à la fin combattit pour eux.

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