‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 12 sur 242 · DISCOURS SUR LA DOTATION DU PRESIDENT · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA DOTATION DU PRESIDENT

points sur lesauels je ne suis pas d'accord avec le Président. Il pourra me faire regretter un jour d'avoir cru en lui; il pourra me faire rétracter le témoignage que je lui rends ; mais, comme je ne lui dois rien, comme je ne lui demande rien, comme il ne peut rien pour moi, il y a une chose dont je suis sûr : c'est que jamais, par aucune faveur, par aucune complaisance, il ne pourra gâter le plaisir que j'éprouve et l'honneur que je me fais en venant lui rendre ici ce public témoignage, et en venant protester contre une des ingratitudes les plus aveugles et les moins justifiables de cette longue série d'ingratitudes qu'on appelle l'histoire de France.

« Et quand même il eût commis toutes les fautes dont vous l'accusez continuait l'orateur, ne représente-t-il pas parmi nous l'autorité , la seule possible, la seule légitime? Je suis frappé, quant à moi, de la facilité avec laquelle, en France, dès qu'on est parvenu, au lendemain d'une révolution, à rétablir un fantôme, une ombre d'autorité quelconque, immédiatement, sans se soucier de l'avenir, sans la moindre idée arrêtée sur ce que sera cet avenir, sans avqir rien combiné, rien fait adopter d'avance à la conscience du pays, de gaieté de cœur et comme par une sorte de récréation, on se plait à miner, à attaquer et à défaire moralement celte autorité. »

Puis, se tournant vers la droite et s'adressant aux monarchistes :

« Vous vaincrez peut-être, je le veux bien; mais c'est ce jour-là, c'est le lendemain de ce jour que commenceront vos embarras et vos dangers. Vous verrez renaître contre vous, surgir contre vous, employer contre vous toutes les armes, toutes les perfidies, toutes les iniquités, tous les outrages, toutes les ruses qui ont été employés de votre temps contre les pouvoirs que vous attaquiez; vous les subirez tous, et j'ajoute que vous les aurez tous mérités. »

Mais ce n'est pas seulement l'autorité qui est en péril, c'est la vraie liberté, c'est le régime parlementaire :

«... Oui, je suis pour le gouvernement parlementaire... Qu'est-ce que je serais au monde sans le régime parlementaire? Je ne suis ni un écrivain ni un soldat; je dois tout le peu que je suis à cette tribune, et vous m'accuseriez de vouloir la renverser !... Je veux son intervention dans toutes les matières de législation, dans toutes les matières de politique générale et sociale; mais je ne veux pas de son intervention taquine , bavarde, quotidienne, omnipotente et insupportable dans toutes les affaires du pays. Exiger cela, c'est, selon moi, dans notre temps et dans notre pays, le véritable moyen de l'amoindrir, de l'affaiblir et de le dépopulariser en France et en Europe... »

En terminant, Montalembert suppliait l'Assemblée de ces-

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ser cette lutte impie, dénaturée, dans laquelle elle serait infailliblement vaincue et qui ne profiterait qu'au socialisme. Pour toute réponse, l'Assemblée, par 396 voix contre 294, repoussa la dotation.

Tel fut le dernier discours de Montalembert à la Législative. Faut-il ajouter que les journaux républicains et royalistes l'accablèrent d'injures? Depuis lors, plusieurs de ses amis, entre autres MM. Mole et Thiers, afTectèrent de lui tourner le dos.

« Il n'est bruit que de ma défection, disait-il lui-même ; tout le monde pleure sur mon immense chute! (1)... Je ne me suis jamais plus examiné devant Dieu qu'en prenant le parti de parler sur cette question. Ce qui me console et me rassure plus que tout, c'est que j'ai déplu à l'Elysée.. (2). Louis-Napoléon, moins flatté sans doute de mon appui que méfiant de mes réserves et froissé par ce que les journaux appelaient la hauteur et les dédains de mon langage, ne m'a pas même remercié. (3) »

Vers le même temps, Louis Veuillot, par une de ces évolutions politiques qui lui coûtaient peu, lâcha le légitimisme et mit sa plume au service du Président. Montalembert se réjouit de se retrouver d'accord avec le grand polémiste. Hélas! leur rapprochement ne devait durer qu'une seule année.

(1) Journal, 10 février 185L

(2) Lettre à M. de Dumast, 19 février 1851.

(3) Lettre au comte Daru.

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