CHAPITRE XV
DERNIÈRES RELATIONS AVEC LACORDAIRE. — UNE RÉUNION A LA ROCHE EN BRENY. — 1861-1862.
Parmi les amis de Montalembert, personne ne l'a plus encouragé que Lacordaire dans son travail monastique. Le grand moine regarde comme l'œuvre capitale de sa propre vie d'avoir inauguré en France la restauration des Ordres religieux. Or, les écrits de son ami éclairent en quelque sorte cette œuvre, la rattachent aux siècles passés et assurent son avenir, a Les Moines d' Occident , écrit- il, peuvent achever la réconciliation de ce siècle avec les Ordres religieux et les préserver dans l'avenir des revers et des chutes. C'est ce qui m'explique le dessein que Dieu t'a inspiré, quoique homme politique et du monde, d'écrire sur ces matières. » Aussi, quand paraissent les deux premiers volumes, Lacordaire se déclare ravi, fortifié à la fois dans sa vocation monastique et dans son affection pour Montalembert. « Si j'avais été tenté de regarder en arrière, ton livre m'aurait raffermi et consolé, en me prouvant que j'avais choisi la meilleure part... Nous nous retrouvons dans la région plus calme et plus universelle des idées et des principes, comme ces arbres qui sont à distance par leurs pieds, mais dont les cimes se rejoignent, s'entrelacent et ne font plus qu'une seule ombre dans la lumière qui les environne également. (1) »
Nous avons vu l'amitié de Montalembert et de Lacordaire se lever comme un astre bienfaisant à l'aurore de leur car- Ci) A Montalembert, 2 août 1860.