‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 179 sur 242 · GRAND SUCCES DE M&' DUPANLOUP · texte numérisé non relu

GRAND SUCCES DE M&' DUPANLOUP

Les semaines suivantes, la manifestation prend des proportions extraordinaires. Six cent trente évoques, c'est-à-dire Tépiscopat catholique presque tout entier, félicitent et remercient M^'' Dupanloup. La ptirase suivante de M^*" Guibert, le futur archevêque de Paris , résume bien toutes ces félicitations : « Vous avez rendu beaucoup de services à V Eglise depuis que vous êtes évêque; celui-ci est le plus grand de tous. (1) » Le pape lui-même approuve la brochure et en complimente l'auteur : « Vous retournez en France, déclare -t-il à un ami de M^' Dupanloup, et sans doute vous y verrez l'évêque d'Orléans que vous aimez et vénérez beaucoup, je le sais. L'écrit qu'il vient de publier a été pour moi une bien grande joie. Il a rendu par là un grand service à l'Église. J'ai été très satisfait de la conduite de tous les évêques de France au sujet de l'encyclique; mais l'évêque d'Orléans a fait plus et mieux que tous les autres, car il a expliqué et fait comprendre l'encyclique comme il faut qu'on la comprenne. Je vais du reste lui écrire pour le lui dire moi-même. Je regarde cela non seulement comme un devoir, mais comme un besoin de mon cœur. (2) » En effet, le 4 février 1865, Pie ÏX adresse à M^' Dupanloup un bref des plus élogieux.

11 faut avoir vécu à Paris dans le monde catholique de cette époque pour se faire une idée du revirement soudain produit par la brochure libératrice de l'évêque d'Orléans. On passe presque sans transition du découragement à l'allégresse. Les directeurs du Correspondant participent à la joie générale. Ils se relèvent, regardent autour d'eux et reprennent espoir. On dirait, remarque une femme d'es-

(1) 2 février 1865.

(2) Lettre inédite de M"» la comtesse de Biron, du 4 février 1865, communiquée à Montalembert par l'évêque d'Orléans.

prit (1), des gens prêts à être exécutés, auxquels on apporterait leur grâce au pied de l'échafaud.

« Nous avons vu, écrit Augustin Cochin à Monlalembert, à quel point la France tient au christianisme par le fond de ses entrailles et comme elle l'aime quand il est aimable. S'il se montre farouche ou trop exigeant, elle s'en va comme le jeune homme de l'Évangile, tristement, abiit mœrens; mais que l'Église se retourne en souriant, quel soulagement, et qu'on lui donne aisément raison, dès qu'elle a la bonté d'être raisonnable. Notre ami triomphe, grâce à ce sentiment ; et ce triomphe est immense, inattendu. S'il est paraphé à Rome, et je l'espère, ce sera un des coups du ciel et un des effets de la parole et du courage les plus surprenants qui se soient vus depuis longtemps. Remerciez-le bien. Il a été admirable de cœur, d'entrain, d'honneur, de probité; et votre nom était sur ses lèvres (aussi sur les miennes, allez!) quand il défaillait un instant. Il a fait cela pour Notre-Seigneur, mais aussi et beaucoup pour vous, et comme s'il lui était donné de panser les plaies de votre âme. Il était beau, ce vieillard blanchi, que nous avons vu comme un soldat qui perd son sang, se relevant, saisissant le drapeau et poussant de sa poitrine ce cri valeureux : Dieu, l'honneur et la liberté! .Remerciez-le bien en le félicitant. Bien des rancunes vont fermenter; c'est le tour de l'écume après le flot, et nous n'avons pas fini. Mais on respire et le vent a tourné... »

Quant à Montalembert, atteint plus profondément que tous les autres, humilié, désavoué dans les idées de sa vie entière, il a souffert en ces quelques mois plus peut-être que dans le reste de sa vie. Sans cesse il se rappelle Lamennais, mais pour ne point l'imiter. « Je relis avec soin les Affaires de Rome, écrit-il, afin d'apprendre à ne pas faire ce qu'il a fait. » Son esprit demeure obscur, mais il incline sa volonté à la résignation, à la soumission. Quand cela lui coûte trop, il prie, il crie à Dieu de toutes ses forces : Bonum mihi quia humiliasti me! Ce verset des Psaumes se retrouve en tète de tous les carnets de cette époque. On y lit de même — non sans émotion — ces belles paroles de Bossuet qu'il applique à sa propre situation : « C'eût été un soutien sensible à une àme comme la sienne d'accomplir de grands ouvrages pour le service de Dieu ;

(1) Madame de Forbin, 7 février 1865.

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