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LA DIRECTION DU CORRESPONDAIT

4 500 (1), au milieu du flotloujours montant de l'impopularité des catholiques, ce n'est rien? Mais qui donc, parmi les honnêtes gens de France, a obtenu, depuis dix ans, pareil succès? Pas aussi dispos qu'il y a dix ans! Encore une fois, pourquoi donc pas? Est-ce parce que vous avez de plus l'expérience, la notoriété et l'autorité, cette grande chose qui ne s'acquiert qu'avec le temps et les épreuves? Est-ce parce que vous êtes arrivé tout jeune à l'Institut? Étant ce que vous êtes, c'est-à-dire un chrétien libéral, un honnête homme indépendant, je cherche en vain ce que vous auriez pu faire de plus ou de mieux que ce que vous faites depuis dix ans. «

C'est à Gochin que Montalembert parle ainsi. Le Corres- 'pondant, depuis sa renaissance en 1855, demeure soumis à une direction multiple et compliquée. Montalembert voit de graves inconvénients dans cet état de choses ; il voudrait un directeur unique, s'occupant à fond de la revue, lui consacrant le meilleur de son temps et de ses forces. 11 presse Augustin Cochin d'accepter ce poste de dévouement :

« Vos trois amis, Falloux, le prince Albert et moi, dit-il, nous ne resterons autour de vous que pour vous aider et au besoin vous couvrir, dans les très rares occasions où vous aurez besoin de nous. Quant à moi, je vous promets d'être votre lieutenant dans la mesure que vous-même m'indiquerez, ni plus ni moins, comme j'ai été celui de Falloux dans sa campagne ministérielle de 1848-49. Une fois que je vous verrai décidé à «xercer l'autorité et à endosser la responsabilité qui vous appartiennent, personne n'abdiquera plus volontiers que moi devant vous; personne ne vous importunera moins de ses doutes, de ses avis, de ses scrupules... (2) »

M. de Broglie resta fidèle au Correspondant, M. Gochin aussi ; mais ce dernier, absorbé par des occupations et des intérêts de toute sorte, ne se résigna pas à en devenir le directeur. Cette charge importante devait être occupée, quelques années plus tard, par un jeune écrivain, doué de rares facultés, que Montalembert avait fait entrera la revue, qu'il défendait de toutes ses forces contre certaines antipathies, et dont il écrivait le 2 septembre 1864 à M. Reichensperger : « M. Léon Lavedan est devenu la cheville ou-

(1) Dans les mois qui suivirent l'encyclique, le nombre des abonnés monta de plusieurs centaines.

(2) A M. Cochin, 7 septembre 1865.

400 MOiNTALEMBERT.

vrière da Correspondant... C'est un homme plein de talent, de courage et d'honneur, qui a été formé aux luttes de notre temps par le grand évoque d'Orléans. Il a le mérite, aujourd'hui si rare en France, d'avoir préféré, étant pauvre et père de famille, le service laborieux et tout à fait désintéressé de la vérité et de la liberté, aux fonctions lucratives et aux bénéfices rapides qui sont le partage assuré des innombrables suppôts de la politique césarienne dans la presse comme ailleurs. (1) »

Montalembert ne se contente pas d'exhorter ses amis à l'action, il prêche d'exemple; il agit de la seule manière laissée à sa disposition, par la plume. Souvent, le sage Foisset essaie de le contenir, il s'effraye de tout ce qui pourrait compromettre son ami, l'engage à se consacrer avant tout aux Moines d'Occident, à éviter ce qui pourrait blesser les catholiques. Montalembert ne Fentend pas de la sorte : •

A vous entendre, dit-il, je devrais rester comme une baleine échouée sur la plage, en attendant que le flot de l'inconstance des catholiques vienne me rechercher et me remettre en pleine mer. C'est tout ce qu'il y a de moins conforme à mon caractère ou à ma vie passée... Les Moines d'Occident! je m'en occupe faute de mieux et vous savez mieux que personne avec quelle conscience, quel travail minutieux et, selon vousmême, excessif. Mais je déclare que cet ouvrage, demeuré sans écho et sans aucune application directe ou pratique, ne saurait suffire pour occuper mon esprit tout entier. D'ailleurs, il est au fond tout aussi blessant pour le sentiment actuel des catholiques que n'importe laquelle de mes œuvres ...

Montalembert veut bien garder un respectueux silence sur les points réservés par le Souverain Pontife.

Mais le silence universel sur tout ce qui touche aux intérêts politiques, à l'histoire du passé ou du présent, au grand mouvement de l'humanité contemporaine, je ne m'y suis jamais ni engagé ni résigné. Tant que je conserverai l'usage de mes yeux et une santé suffisante pour faire

(i) A M. Aug. Reichensperger, 2 septembre 1864.

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