‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 183 sur 242 · DERNIERS TRAVAUX. LA MALADIE · texte numérisé non relu

DERNIERS TRAVAUX. LA MALADIE

Il faut lire les lettres intimes qu'échangent entre eux les directeurs du Correspondant pour comprendre ce qu'ils ont souffert des derniers événements. « Nous avons subi dans nos sentiments religieux, déclare l'un d'eux, un coup plus terrible que 1852 ne lavait été pour nos sentiments politiques. Le désenchantement, le dégoût, qui par une volonté mystérieuse de la Providence m'a frappé dans toutes les convictions de ma vie, est venu me trouver jusqu'au fond du sanctuaire; et peu s'en faut que l'Église ne m'ait repoussé comme l'Etat et pour les mêmes raisons, pour avoir péché par excès de délicatesse et de scrupule dans les moyens de la servir. Ce triste résultat de tant d'efforts me pénètre d'une douleur profonde; j'ai le sentiment d'une grande dévastation intérieure... (1) » Tous font entendre les mêmes \ plaintes éloquentes et respectueuses.

Cependant MM. deFalloux, Foisset, de Meaux se sont remis en selle les premiers, résolus à poursuivre dans le Correspondant, tout en tenant compte des directions pontificales, [l'œuvre politique et religieuse des années précédentes. Au rcontraire, MM. de Broglie, Cochin, Léopold de Gaillard pér-

il) A. de Broglie a Montalembert, 10 décembre 1865.

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sistent à vouloir quitter la revue. Ils se disent découragés. Ne vaut -il pas mieux se taire que de parler un bâillon dans la bouche? Le Correspondant leur semble désormais un instrument usé et dangereux.

On n'a pas oublié les difficultés de Montalembert en 1855, pour grouper ses principaux collaborateurs : en 1865, il se donne la même peine pour les retenir. Le vieux lutteur, oubliant qu'il est lui-même frappé à mort, va de l'un à l'autre de ses compagnons d'armes; il les excite, les gourmande, leur indique les écueils à éviter et les points sur lesquels doivent maintenant porter leurs efforts.

« ... Il ne s'agit que d'éviter le terrain de la théologie et de la po/émique théologique^ lequel n'intéresse plus que vos ennemis, sur lequel nous sommes sûrs d'être battus et où d'ailleurs votre public, loin de vous attirer, vous demande en grâce de ne pas le mener. En dehors de ce défilé semé de chausse-trapes, il vous reste l'immense, l'incommensurable domaine de l'histoire, de la littérature, de la charité, de l'économie sociale, de la politique intérieure et extérieure, de la statistique morale, industrielle, économique des deux mondes, des découvertes et des discussions de tout ordre; de ces sciences naturelles et physiques, auxquelles je ne me suis jamais intéressé, mais qui, je le vois bien, vont tenir chaque jour une plus grande place dans le monde moderne, et qui n'arrivent au grand public que par des canaux matérialistes, faute de chrétiens actifs et sensés pour en parler. »

Montalembert n'admet pas qu'on parle de découragement. Jamais, au milieu des plus dures épreuves, pareil sentiment n'entra dans son âme.

«... Vous n'êtes pas, dites-vous, aussi dispos qu'il y a dix ans! Pourquoi donc pas, s'il vous plaît? A quoi donc vous attendiez-vous ? A ce que le Pape vous fît cardinal ou prince romain, comme si vous étiez un prélat d'antichambre ou un boulanger enrichi? Non certes : vous ne vous attendiez comme moi qu'à des luttes et à des déboires; vous ne vous attendiez pas à l'encyclique, je le sais, ni moi non plus. Mais vous ne pouviez pas vous attendre à une victoire facile et complète. Rappelezvous la parole de Berryer au prince deBroglie, le lendemain de l'encyclique : « Ce qui vous arrive aujourd'hui m'est arrivé toute ma vie. » Vous ne deviez pas même compter sur le succès, a mon sens très considérable, que nous avons obtenu. Quoi! avoir passé, en dix ans, de 800 abonnés à

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