LES PRÉLIMINATRES DU CONCILE DU VATICAN
Au mois d'août 1868, Montalembert veut revoir une fois encore sa chère Franche-Comté. A peine arrivé à Maîche,il se trouve mieux. Il passe une partie de ses journées dans la grande allée de tilleuls centenaires que nous avons décrite. Son plaisir est de s'entretenir avec les curés du pays qui viennent le visiter ; il aime aussi à se faire porter en voiture sur quelque éminence pour contempler à son aise l'immense horizon des montagnes. Le 26 août, au retour d'une de ces excursions^ le cheval trop ardent s'emporte en descendant la côte, s'élance contre une voiture chargée de sapins, brise le char à bancs et précipite les voyageurs sur le sol. Le cocher est tué, et Montalembert atteint de dix-neuf blessures. Pendant plusieurs mois ses yeux lui refusent tout service ; il ne peut ni lire ni écrire. Mais ce qui le désole le plus, c'est la mort de son pauvre cocher : « Mon Dieu, dit-il, combien j'eusse été heureux de disparaître de ce monde à la place de ce brave homme, qui aimait la vie et qui était fort utile à sa famille... Mais sans doute vous n'avez pas trouvé que j'eusse assez expié mes péchés. Il me faut longtemps encore peut-être attendre la délivrance. Je me soumets humblement à la longue et lourde croix que vous m'infligez. (1) »
Cet accident aggrave naturellement l'état général de Montalembert; les crises de son mal deviennent plus fréquentes;
(l) Journal,
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les insomnies se prolongent pendant des semaines : il en résulte une surexcitation nerveuse, qui explique en partie son attitude au cours des événements que nous allons raconter. Dans la lutte ardente où Montalembert va se jeter malgré la maladie qui le dévore, il lui échappera des jugements excessifs et des emportements regrettables. Néanmoins, le lecteur jugera comme nous que son activité prodigieuse au milieu des plus grandes souffrances est un des plus beaux spectacles qu'il soit donné à l'homme de contempler.
L'annonce du Concile général a causé à Montalembert un mélange d'étonnement et de joie. La joie, il l'exprime dans la lettre que M. de Falloux a lue en 1867, au Congrès de Malines. « La convocation de ce Concile nous reporte, dit-il, aux époques les plus agitées, mais aussi les plus fécondes et les plus glorieuses de notre histoire. Je salue avec autant de bonheur que de respect cette inspiration providentielle de Pie IX, qui met ainsi le comble aux grandeurs de son pontificat; qui, au moment même où la trahison et l'abandon aggravent tous ses périls, répond aux menaces de mort par une surabondance dévie, et au sein de l'orage, nous inonde de force, de confiance et de lumière. » L'étonnement se fait voir dans ses notes plus intimes : « Qui aurait pu croire écrit-il que Pie IX. . . serait celui-là même qui appellerait les conciles à renaître, après trois siècles d'interruption, après la prédiction absurde du grand de Maistre sur l'impossibilité et l'inutilité de leur renaissance? Quel prodige et quel mystère! »
Sans contester aucune des prérogatives spirituelles du pape, Montalembert regrette de voir le gouvernement de l'Église se transformer de plus en plus en monarchie absolue. 11 n'est pas devenu galHcan; il combattrait encore, s^il le fallait, les prétentions ridicules des Dupin et des Hébert ; il est resté ultramontain libéral, mais il comprend mieux, dit-il, « les réserves salutaires^ les garanties, quoique mêlées d'exagérations blâ-