ADHÉSION AU COUP D'ÉTAT
blique. Dieu m'est témoin que, si j'accepte, c'est uniquement pour ne pas manquer une occasion de faire mon devoir en servant FÉglise et les intérêts religieux, et cela au prix de mille déboires et de mille calomnies. (1) »
Il ajoutait dans cette lettre : « Je suis impatient de savoir ce que vous aurez pensé et ce qu'on en pensera au-dessus de vous... )) La réponse ne se fit pas attendre. «... Le Saipt- Père m'a autorisé à vous dire, écrivait le 14 décembre Mgr de Mérode, qu'il approuvait entièrement votre adhésion à la Commission consultative. Je puis même ajouter que j'ai vu une vive satisfaction sur son visage quand il a vu votre nom et celui de Werner (de Mérode) sur la première liste qui a été publiée, et, au contraire, un sentiment de regret quand est arrivée la seconde sur laquelle vos noms ne se trouvaient plus. N'allez pas croire, cependant, que l'on se fasse ici l'illusion que tout soit sauvé; seulement on se réjouit à chaque crise favorable qui semble augmenter l'espoir de guérison.... (2) »
Malheureusement Montalembert ne s'en tint pas là. Le Président avait convoqué le peuple français dans ses comices pour le 20 décembre. Il devait dire s'il voulait, oui ou non, le maintien de l'autorité de Louis-Napoléon, et s'il lui dé-' léguait le pouvoir d'établir une Constitution que les As-
(1) Montalembert à Mgr de Mérode, 6 décembre 1851. — II ne se trompait pas, cette fois, dans ses prévisions pessimistes. Ce fut, dans le camp des adversaires du Président, un déchaînement de colères et d'injures contre l'orateur catholique. Nous n'en citerons pour preuve que ces quelques lignes d'une lettre à L. Veuillot : « Je passe pour le chef du parti des cochons; c'est le terme élégant dont on se sert, en y ajoutant force invectives contre les dévots, seuls capables de tant d'ignominies, au dire de ces purs et fiers chrétiens... M. Thiers dit tout haut que je suis le Judas de la Chambre..., un traître, et qu'il m'insultera publiquement à la première occasion. » Cependant, Montalembert réclamait énergiquement la mise en liberté de M. Thiers et lui faisait porter, par M. de Mortemart, des paroles de paix et de réconciliation.
(2) Mgr de Mérode à Montalembert, 14 décembre 1851. Dans une lettre de Montalembert à M. de Kersauson, je trouve ce jugement de Pie' IX sur le coup d'État : « Le Ciel vient de payer à la France la dette de l'Église. »
semblées développeraient plus tard (1). Cette Constitution avait pour bases un chef responsable nommé pour dix ans, des ministres dépendant du pouvoir exécutif seul et le partage du pouvoir législatif entre un Conseil d'État, une Assemblée élue au suffrage universel et un Sénat.
Qu'allaient faire les catholiques ? De tous côtés, prêtres et laïques écrivaient à Montalembert : « Vous êtes notre chef; avant de voter, nous attendons vos instructions. » Il résolut donc de répondre publiquement dans r Univers aux questions qui lui étaient adressées. Dans cette lettre pleine de réserves, il se gardait bien de juger le coup d'État. « Je ne prétends pas plus garantir l'avenir que juger le passé. Je ne m'occupe que du présent, c'est-à-dire du vote à émettre dimanche en huit. Il y a trois partis à prendre : le vote négatif, l'abstention, le vote affîrmatif. » Après avoir écarté dédaigneusement les deux premiers procédés, il ajoutait :
« Reste donc le troisième parti, le vote affirmatif. Or, voter pour Louis-Napoléon, ce n'est pas approuver tout ce qu'il a fait; c'est choisir entre lui et la ruine totale de la France. Ce n'est pas dire que son gouvernement est celui que nous préférons à tout; c'est dire simplement que nous préférons un prince qui a fait ses preuves de résolution et d'habileté à ceux qui font aujourd'hui les leurspar le meurtre et le 'pillage.
(c Ce n'est pas confondre la cause catholique avec celle d'un parti ou d'une famille; c'est armer le pouvoir temporel, le seul pouvoir possible aujourd'hui, de la force nécessaire pour dompter l'armée du crime, pour défendre nos églises, nos foyers, nos femmes, contre ceux dont les convoitises ne respectent rien, (\mtirenth Vhahit^ qui visent aux propriétaires, et dont les balles n'épargnent pas les curés.
« Ce n'est pas sanctionner d'avance les erreurs ou les fautes que pourra commettre un gouvernement faillible comme toutes les puissances d'icibas; c'est déléguer au chef que la nation s'est déjà une fois choisi le droit de préparer une Constitution, qui ne sera certes pas plus dangereuse et plus absurde que celle dont les 900 représentants élus en 1848 ont doté la France, et contre laquelle j'ai eu le bonheur de voter.
« J'ajouterai qu'en revenant à l'unité de pouvoir, sans exclure les tempéraments et les freins qui sont le premier besoin de tout gouvernement, on franchit l'étape la plus difficile dans la route de la véritable restauration sociale, celle des idées et des mœurs.
« Remarquez bien que je ne prêche ni la confiance absolue ni le dévouement iUimité; je ne me donne sans réserve à personne, je ne professe au-
(1) Ce sont les expressions mêmes de V Appel au peuple.