LES OBSEQUES. — LE CIMETIERE DE PICPUS
Les obsèques de Montalembert eurent lieu le jeudi 17 mars à Sainte-Clotilde, au milieu d'un concours immense. La foule entassée dans l'église débordait sur la place. Tout ce que Paris contenait de célébrités dans le monde politique et littéraire était là. Le clergé, les religieux de tous ordres affluaient, et les journaux du temps signalent aussi îa présence de nombreux leunes gens. Après la messe, célébrée simplement, sans fleurs, sans tentures et sans discours, carie défunt avait demandé que les prières de l'Église fussent les seules et dernières paroles prononcées sur sa tombe, le triste cortège sortit, se dirigeant par les quais de la rive droite vers le cimetière de Picpus. Il faisait un temps sombre et pluvieux. Un étudiant a raconté que dans le faubourg Saint-Antoine des ouvriers, frappés de voir ce défilé plus nombreux et plus recueilli que de coutume, lui demandèrent : « Qui donc estce qu'on enterre-là? » L'étudiant répondit : « Mais c'est Montalembert ! — Ah ! s'écrièrent-ils, comment? c'est Montalembert ! » Et une expression émue et religieuse à la fois se peignit sur leur visage. « C'est qu'il éta.ii populaire y ajoutait l'étudiant, et très estimé des petites gens. »
On arriva place de la Nation. C'est là que, du ik juin au 17 juillet 1794, les 1.300 dernières victimes de la Terreur avaient été décapitées. Puis les corps furent enfouis pèlemèle dans un terrain vague, dépendant de l'abbaye de Picpus. Plus tard, par les soins de la marquise de Montagu, grandtante de M™® de Montalembert, ce charnier funèbre fut découvert, acheté, béni, réservé comme cimetière aux descendants des principales victimes. On y pénètre par le couvent des Dames-Blanches; on traverse de vastes jardins où les moniales viennent prier, où chantent aussi de nombreux oiseaux. Le cimetière est contigu à ces jardins. Rien de plus simple et de plus grand : un espace nu, entouré de murs et planté de tombes. Mais quelle éloquence dans ces tombes et quels souvenirs éveillent tous ces noms gravés sur la pierre : Montmorency, Noailles, La Rochefoucauld, Polignac, Gontaut-Biron, Grammont, Lafayette, Rohan-Chabot, Grillon, Clermont-Tonnerre, Lévis, Choiseul, et bien d'autres! Montalembert est bien à sa place, près de cette maison de prière,
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en ce champ consacré par le sang des martyrs et parmi ces descendants de nos vieilles races françaises. Plus tard Viollet-le-Duc a dessiné son tombeau : un carré en pierres de forme massive, autour duquel des saints et des moines se tiennent debout, semblant entrouvrir le lourd couvercle du sépulcre. Sur le couvercle on lit ces mots :