‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 29 sur 242 · ÉLECTION DANS LE DOUBS · texte numérisé non relu

ÉLECTION DANS LE DOUBS

Et comme certains hommes d'Église lui répétaient : Abnega temetipsimi! et l'engageaient à courber le front, il répondait :

«... En servant de mon mieux l'Église pendant toute ma \ie, je n'ai jamais cru ni prétendu la servir comme un saint, ou comme un moine, ou comme un immaculatus in via! Non, je Tai simplement servie par ma plume et ma parole, comme je l'eusse servie avec mon épée, si j'avais vécu dans d'autres temps, comme l'ont servie les croisés, les ligueurs, les Saxons et les Normands dans la guerre des Investitures, c'est-à-dire en portant et en recevant des coups, mais sans renoncer à l'honneur humain et sans se croire obligé de pratiquer la mansuétude et la résignation des religieux. L'Église, jusqu'à nos jours, n'avait pas coutume de dédaigner ce genre de services, quoique, à coup sûr, elle puisse s'en passer et que tout son secours vienne d'En-Haut... »

Cependant l'opposition de Montalembert était loin d'être aussi ardente qu'elle devint plus tard. Il conservait l'espoir que le Corps législatif pourrait contrôler avec quelque indépendance les actes du gouvernement. Les élections avaient été fixées au 29 février. Républicains et royalistes s'abstenaient. Montalembert allait faire comme eux, quand les électeurs de Baume-les-Dames et de Besançon lui offrirent spontanément de les représenter. Il accepta l'offre dé' cette dernière ville, mais sans empressement :

«... Je ne veux songer à cette candidature, écrivait-il, que si elle est l'œuvre commune du clergé et du parti conservateur pris dans son ensemble. Si l'on croit qu'un autre candidat ait plus de chances de réunir toutes les fractions de l'opinion conservatrice et puisse mieux représenter les dispositions actuelles du pays..., je me résignerai avec la plus grande facilité à quelques années de silence et de repos... La nature des fonctions que la nouvelle Constitution réserve au Corps législatif n'est pas tellement relevée ou tellement agréable qu'on doive les rechercher avec ardeur. »

Sa profession de foi fut la même qu'aux élections précédentes : soutenir le pouvoir, « tant qu'il restera fidèle à la mission de restauration sociale que tant de millions de Français lui ont conférée ; lui résister par tous les moyens légaux et légitimes, s'il s'écarte de cette voie salutaire... Le premier besoin du nouveau gouvernement est d'avoir un frein... Il

trouvera ce frein dans le Corps législatif, espérons-le du moins, et souhaitons qu'il y soit manié par des mains prudentes mais énergiques, amies du pouvoir, mais encore plus amies de la justice et de l'honneur national... (1) » Montalembert ne prit même pas la peine de venir à Besançon et fut élu sans concurrent par 20000 suffrages.

Sous la monarchie de Juillet, Louis-Philippe se rendait en personne au Parlement pour y ouvrir les travaux législatifs. Louis-Napoléon ne daigna se déranger pour si petite besogne et, le 29 mars 1852, convoqua les Chambres en son palais des Tuileries. Un trône fut dressé sur une estrade dans la grande salle des Maréchaux. C'est de là que le prince fit entendre ses volontés aux représentants de la France et reçut leurs serments. Les cardinaux le prêtèrent d'abord, « avec une sorte de componction enthousiaste », nous dit Montalembert. Quant à lui, ce n'était pas de l'enthousiasme, mais une répugnance profonde qu'il éprouvait : « Je subis à mon tour, dit-il, cette torture indigne; c'a été, je pense, le moment le plus triste de ma carrière politique. (2) »

Le lendemain, 30 mars, première séance du Corps législatif. « Quel contraste, remarque Montalembert, avec la vie et l'agitation des Assemblées précédentes! On dirait le royaume

(1) Lettre à l'abbé Goguillot, 9 février 1852. — M. de Persigny, ministre de l'intérieur, eut d'abord l'idée de combattre la candidature de Montalembert : « Il a le caractère trop chevaleresque, disait-il; il aime trop défendre les faibles pour que le gouvernement le voie arriver avec plaisir au Corps législatif. » Finalement, Persigny demeura neutre. Je trouve même un curieux billet adressé parle ministre au nouveau député, quelques semaines après les élections : ce Cher et illustre, Nous avons l'apparence de tant de torts à votre égard que je n'ose ni aller vous voir ni vous écrire. Je me vois cependant obligé de prendre raon courage à deux mains dans une circonstance qui vous paraîtra peut-être bien puérile. Je donne un bal mardi prochain... et me hasarde à vous dire que, si vous pouviez honorer, vous et les vôtres, mes salons de votre présence, j'en serais profondément fie et reconnaissant. » (14 mars 1852.) Montalembert n'alla point danser chez M. de Persigny.

(2) Jour7ial, 29 mars 1852.

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