‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 40 sur 242 · JUGEMENTS VARIES DES EVEQUES · texte numérisé non relu

JUGEMENTS VARIES DES EVEQUES

contester ce qu'il y a de digne et de noble dans la position que vous conservez, ni ce que renferment de prudent et de sage les conseils que vous donnez aux catholiques, relativement aux incertitudes et aux éventualités de l'avenir. (1) » — Les archevêques de Tours et de Rouen (2) louent sans réserve, a Je suis enchanté, écrit ce dernier. On ne parle pas un plus beau langage, on n'a pas de plus nobles sentiments. Vous vengez dignement les vaincus sans insulter aux vainqueurs. Vous avez une puissance de raisonnement, une manière d'évoquer les faits et de les mettre en lumière qui donne à votre argumentation une autorité et un charme extrêmes... Le contentement l'a tellement emporté chez moi que je ne me souviens pas d'une contre-impression. »

Personne n'est plus ardent à exprimer son admiration que l'évèque d'Amiens, M^"" de Salinis. Il a lu l'ouvrage de son ami avec un bonheur indicible : « Vous m'avez procuré réellement une des jouissances les plus vives que j'aie eues depuis longtemps... Il y a si longtemps que c'est un bonheur pour moi de vous entendre dire éloquemment tout ce que je pense, tout ce que je sens (3)... « Un mois après, le même évêque soutenait, avec la même ardeur, dans un mandement célèbre, la thèse opposée à celle des Intérêts Catholiques,

W^ de Bonnechose admet avec empressement les conclusions de Montalembert : « L'esprit qui les a dictées m'a dirigé moi-même dans les conjonctures délicates que nous venons de traverser... Sans blâmer l'exercice du pouvoir absolu depuis un an, je blâme les écrivains qui prétendent en glorifier la théorie et la montrer comme l'idéal et la perfection du gouvernement. (4) »

M^' Rendu, évêque d'Annecy, adresse à Montalembert une importante lettre publiée dans les Annales catholiques de Genève. Il réclame des libertés très étendues et se montre sous ce rapport plus hbéral que Montalembert lui-même;

(1) Ms' Régnier à Montalembert, 3 novembre 1852,

(2) M«' Morlot et M»' Blanquart de Bailleul, Rouen, 7 novembre 1852.

(3) Me-- de Salinis à Montalembert, 25 novembre 1852.

(4) W de Bonnechose à Montalembert, 1«' décembre 1852.

mais il nie que le gouvernement représentatif se soit montré plus qu'un autre favorable à la liberté et il excuse Louis Veuillot, son intime ami, d'attaquer ce régime. « Ne sachons pas trop de gré au gouvernement représentatif du bien qui s'est fait sous son régime, dit-il. Dans la réalité, le bien ne s'est fait que par surprise, quand le gouvernement ou les hommes du gouvernement se sont crus trop faibles pour l'empêcher. » Cela est possible, mais ce régime au moins permettait la lutte, et si les catholiques, unis et disciplinés, avaient combattu plus énergiquement, les résultats eussent été meilleurs encore.

Dans sa réponse, M^"" Pie, évêque de Poitiers, reproche à Montalembert, en termes affectueux d'ailleurs, d'avoir luimême donné aux catholiques « un signal de complète volteface vers l'autorité ...

«... Avant et après le deux Décembre, vous avez travaillé de toutes vos forces à diriger le parti catholique vers le pouvoir qui triomphait peu à peu de toutes ces institutions que l'on était convenu d'appeler jusqu'alors libérales... Je crois comme vous, Monsieur le Comte (et chacune des publications pastorales que j'ai faites depuis le 2 décembre en font foi), que l'Église doit s'attendre, pour un avenir prochain, à rencontrer beaucoup d'embarras et d'entraves dans la prétendue protection d'un pouvoir trop personnel pour ne pas mêler à ses dons de déplorables exigences. (1) »

Très sensible au reproche qu'on lui adresse, Montalembert le repousse avec énergie :

« ... Si je pouvais faire passer sous vos yeux, répond-il, tout ce que j'ai dit et écrit depuis la révolution de février jusqu'à celle du 2 décembre, vous verriez que, bien loin de donner le signal d'une complète volteface vers V autorité^ je n'ai jamais invoqué les droits de celle-ci que comme sauvegarde de la liberté. Je défendais alors la liberté contre les suppôts delà démocratie, comme je la défends aujourd'hui contre les preneurs de l'absolutisme. J'ai prédit ce qui est arrivé, qu'en laissant dominer la démocratie on condamnait à mort la liberté... Je n'ai pas non plus, permettez-moi. Monseigneur, de vous l'affirmer, je n'ai jamais travaillé à diriger le pouvoir ou le parti catholique dans une lutte contrôles institutions libérales : il n'y a pas un mot de moi qui puisse justifier une pareille im-

(I) Me' Pie à Montalembert, 10 novembre 1852.

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