‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 39 sur 242 · SUCCÈS DES INTÉBÊTS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

SUCCÈS DES INTÉBÊTS CATHOLIQUES

tion, c'est un acte... Je maintiens que c'est le moment de parler : ternpus loquendi... Seulement je voudrais que vous fussiez résolu à l'insuccès, que vous l'offrissiez dès à présent à Dieu, en expiation du grand faible que nous avons tous pour les applaudissements des hommes. — Mon livre ne peut manquer de déplaire à Rome, — Vous déplairez à Rome, je le crois. Mais il vaut mieux servir le Saint-Siège que de lui plaire. Or, vous le servez, en signalant d'avance les périls d'asservissement ultérieur qui le menacent; et vous rendez Louis-Napoléon plus circonspect à l'endroit de l'Église ainsi avertie. — Cela aura l'air dicté par un ressentiment personnel. — En quoi? En quoi, si l'on ne sent nulle part l'accent du dépit dans votre livre? En quoi, si vous évitez le ton amer, les paroles blessantes. . . ? Vous accordez la dictature, vous n'en voulez pas assigner le terme ; il vous suffit qu'en principe elle ait un terme, qu'elle ne soit pas considérée comme le gouvernement normal de la France. Où en sommesnous, si une thèse aussi modérée n'est pas soufferte? (1) »

Les Intérêts Catholiques paraissent le 20 octobre ; le public les dévore; les exemplaires s'enlèvent par milliers; trois traductions allemandes, d'autres anglaises, espagnoles, italiennes, attestent le grand succès du livre. Bientôt les lettres affluent si nombreuses qu'à peine Montalembert suffit à les lire; elles formeraient un volume. En voici de Cousin, de Villemain, de Guizot, de Barante, d'Odilon Barrot, de Blanc- Saint-Bonnet, de Donoso Cortès, du vicomte de Saint-Priest, de Buffet, etc.. Naturellement les anciens parlementaires sont ravis. Guizot dit à Montalembert : « Vous représentez la générosité dans un siècle aplati... » M. de Tocqueville, qui avait vivement blâmé l'attitude de Montalembert après le coup d'État, lui écrit :

« Votre livre m'a soulagé; il m'a rendu un peu d'air et de lumière. Courage! Ce que vous venez de faire ne sert pas seulement à la liberté régulière, mais plus encore peut-être à la religion. Croyez-moi, mes impressions ne sont pas isolées; tandis que ceux de ses ministres qui se livrent, comme vous le dites si justement, à un maître qui paraît leur

(1) Foisset à Montalembert, 5 et 16 octobre 1852.

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vouloir du bien, croient remettre la main sur la foule, les cœurs élevés et droits, les âmes hautes et délicates qui approchaient de toutes parts s'éloignent; c'est-à-dire que, tandis qu'ils saisissent le corps de la société, l'esprit est prêt à leur échapper. Votre livre a relevé, consolé, rapproché les hommes dont je parle. C'est un grand acte... (1) »

Mais c'est le clergé que Montalembert s'est surtout proposé d'atteindre. Il a adressé son livre aux cardinaux et aux principaux évêques en leur disant :

« ... Persuadé que la reconnaissance envers le présent ne doit exclure ni la justice envers le passé ni une prudente appréhension de l'avenir, j'ai tâché, dans cet essai, de rester sur le terrain où la cause catholique a remporté des succès si imprévus. J'ai cherché en même temps à ménager quelques ressources pour le cas éventuel où l'on pourrait avoir lieu de regretter les armes et les arguments que certains journalistes religieux paraissent avoir si promptement et si complètement abandonnés.

« Je ne suis qu'un soldat et je n'ai que du zèle. Votre Grandeur voudra bien remarquer qu'il ne s'agit pas ici d'une question de dogme, mais d'une question mixte, plus politique évidemment que théologique. Je me suis permis de l'examiner selon mes forces et selon l'expérience qu'ont pu me donner vingt ans de vie publique. Je soumets humblement à ceux qui ont mission de gouverner l'Église le résultat de cet examen. )>

Les réponses des évêques sont curieuses; toutes respirent la plus entière bienveillance; toutes louent les intentions, le zèle et le talent de l'écrivain; la plupart refusent d'aborder la question brûlante, ou, comme le cardinal de Bonald, l'es* quivent d'un mot : « Je peux n'être pas tout à fait d'accord avec vous sur certaines appréciations; nos goûts, nos affections ne sont pas tout à fait les mêmes; mais nous sommes parfaitement du même sentiment sur l'Église, sa liberté, sa constitution; c'est l'essentiel. (2) » Ainsi parlent, à peu près dans les mêmes termes, les archevêques de Paris, de Reims et de Besançon (3). « Rassurez-vous, déclare le cardinal Donnet; l'Église se doit à tous et n'appartient à personne. » — « La question que vous traitez, écrit l'archevêque de Cambrai, peut être l'objet d'appréciations diverses, mais on ne pourra

(1) M. de Tocqueville à Montalembert, h'^ décembre 1852.

(2) Le cardinal de Bonald à Montalembert, 11 novembre 1852.

(3) M°' Sibour, les cardinaux Gousset et Mathieu.

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