ATTITUDE DE ROME
vers ne puissent pas, comme des roquets hargneux, aller se réfugier entre les jambes du Pape, pour y aboyer à leur aise contre nous. » Enfin, le 2 mars 1856, MM. de Falloux, de Montalembert et de Corcelle s'adressent au Pape lui-même, non pour dénoncer leurs rivaux, mais pour soumettre leur méthode de polémique :
« Notre ferme résolution, disent-ils, sera toujours de nous conformer dans l'accomplissement des devoirs qui peuvent être imposés à chacun de nous, aux exemples de modération, de prudence, de charité que le vicaire de Jésus-Christ, depuis son avènement, au milieu de tant d'afflictions et d'épreuves, n'a cessé de donner au monde catholique. Si nous nous sommes justement inquiétés de la conduite de quelques écrivains qui semblent s'attacher par de continuelles témérités à compromettre cette œuvre de miséricorde, de douceur et de conciliation, que le règne de Pie IX a fait resplendir aux yeux de l'univers, nous nous efforcerons de ne pas les imiter en les combattant, d'ajouter ainsi aux troubles, aux divisions, aux embarras que notre plus ardent désir serait précisément de prévenir... »
Pie IX reconnaît et déplore les violences et les exagérations de l'Univers (1), mais il s'en tient là. Il rit beaucoup de la comparaison pittoresque des roquets qui aboient dans les jambes du Pape. Volontiers lève-t-il le doigt d'un air courroucé pour les faire taire quand ils crient trop fort. Mais cela
(1) ÛP' de Mérode, malgré sa sympathie bien connue pour l'Univers, ne reflète-t-il pas la pensée du Pape, lorsqu'il écrit à son beau-frère : « ... Je suis loin d'être avec l'Univers dans toutes ces discussions politiques où il tranche et taille à tort et à travers, absolument comme si on ne venait pas de lui montrer à quel point il a soutenu le pour et le contre, affirmant les contradictions les plus opposées avec la plus ridicule versatilité. Comment le suivre dans cet infatigable culte du succès qui lui fait mépriser aujourd'hui toutes les garanties politiques qu'il regardait, il y a si peu de temps, comme une base et un point de défense inébranlable; et ce, non pour une circonstance, non pour un pays, mais pour tous les temps et tous les lieux; condamnant la liberté en Belgique en 1856, comme il la louait à Rome en 1848.... 11 est encore difficile de ne pas trouver que l'Univers a un style injurieux, qui blesse inutilement ses adversaires... »
La Civilta Cattolica, oi'gane des Jésuites de Rome, ayant publié une déclaration en faveur de rUnivers, M«' de Mérode écrit : « Je suis sûr'que cela va vous causer comme à moi et, qui plus est, comme à..., une certaine impatience. On n'a pas trouvé qu'en faisant la dite déclaration, elle ait agi avec prudence, et suivant la règle de conduite qu'on s'est fixée ici, et qui consiste à rester complètement neutres dans cette belle guerre sinon civile, du moins intestine. » (Lettre du 4 septembre 1856.)
ne l'empêche pas d'apprécier beaucoup ces fidèles serviteurs, qui mordent à belles dents les ennemis de l'Église, voire même de leur prodiguer souvent des caresses. En règle générale, le Saint-Siège ne soutient guère les oppositions faites aux gouvernements, de quelque nature qu'ils soient, à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un pouvoir bienveillant pour l'Église, comme paraissait l'être Napoléon III dans les premières années de son règne. Enfin Pie IX a fait, au début de son pontificat, un essai loyal, mais très malheureux des idées libérales; il en a gardé un pénible souvenir, il s'en défie et en voit surtout le côté dangereux.
Dans sa réponse, il supplie avec instances Montalembert et ses amis de faire trêve à leurs divisions pour défendre l'Église menacée de tous côtés; puis il leur répète ce qu'il a déjà dit à M. Sauzet, que V Univers n'est nullement son organe :
<c Quant aux journaux en question, il me plaît aussi de vous déclarer, mes très chers fils, que je ne prends la responsabilité d'aucun d'entre eux, attendu qu'aucun n'est l'organe de mes sentiments et de mes pensées. Quiconque dirait et soutiendrait le contraire se tromperait du tout au tout (1).
« Il me reste à invoquer le Dieu des miséricordes, qui est aussi le Dieu de la paix et de la charité. Je le prie d'illuminer d'un rayon de sa lumière l'âme de ses fils; car vous êtes assurément ses fils très dévoués et très aimés... Qu'il vous éclaire donc et vous inspire la généreuse volonté de vous réunir tous dans les mêmes rangs pour combattre ensemble et confondre les fils des ténèbres et de l'erreur... »
(1) « Ora in fatto di questi giornali, mi place di dichiararvi, o Dilettissimi Figli, che lo non parteggio affatto con veruno di quelli, giacche niuno é l'organo dei nostri sentiment! e dei nostri pensieri : e chi dicesse e sostenesse il contrario, s'ingannerebbe a partito... » 17 mars J1856.