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LE PRESIDENT ET LES PARTIS

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rent. Comme député de cette dernière ville. Montalembert exprima au prince tous ses regrets de l'incident, et celui-ci l'en remercia cordialement : « Je suis bien sensible à cette nouvelle preuve d'amitié de votre part, lui disait-il... J'ai été encbanté de mon voyage, et j'ai pu me convaincre de la facilité qu'il y aurait à rétablir l'ordre. 1 »

Sans doute, il y avait dans les sentiments de Montalembert une part d'illusion. Il n'était pas assez défiant; sa nature généreuse ne croyait pas facilement au mensonge. Il lui répugnait d'admettre dans le second Napoléon les mêmes fourberies que dans le premier. N'ayant aucune attache de parti, cherchant avant tout l'intérêt de l'Église et du pays, il garda jusqu'à la fin la même attitude droite, loyale, désintéressée. Le réveil allait être cruel; il regretta toute sa vie de s'être laissé tromper. On peut l'en plaindre : qui voudrait lui en faire un reproche?

En rentrant de Rome, le 18 novembre. Montalembert se rendit chez le Président, lui raconta son voyage et lui transmit la bénédiction personnelle du Pape : « Je suis convaincu, dit le prince, qu'elle me portera bonheur. »

La situation s'obscurcissait de plus en plus. Toutes les tentatives de fusion avaient échoué, mais les chefs de la majorité persistaient dans leurs illusions. Chacun s'efforçait d'attirer Montalembert. « Le temps est venu, lui disait Fa Houx, de lever franchement le drapeau légitimiste et d'indiquer à la France le véritable remède à ses maux, au lieu de se borner à lui couper la lièvre comme en 1848. .le compte beaucoup sur la conversion du juste milieu... — Et que ferez-vous. ripostait Montalembert, le lendemain du jour où vmi> aurez mis le marché à la main de la France, m La France ne l'ajeepte pas? Je suis convaincu que sa conversion au royalisme est loin d'être opérée et qu'elle a d'ailleurs des conversions bien autrement pressées et essentielles à faire. 2 »

1 Lettre du prince L.-N Muiitalembert, 1er -

"//. 19 novembre 1*50.

De leur côté, M. Mole, l'évêque d'Orléans et le P. de Ravignan lui-même, prêchaient à leur ami la nécessité de préparer un nouveau gouvernement. « Je prétends, leur disait Montalembert, qu'on n'a pas plus le droit de préparer un nouveau gouvernement, pendant que le gouvernement établi reste dans la bonne voie, que de préparer un second mariage, du vivant de sa femme. » Thiers chantait un air différent. Son antipathie pour les légitimistes s'accentuait chaque jour. Que voulait-il? On ne le sait trop. Tantôt il parlait du comte de Paris avec la régence du prince Louis... (1). Rêve étrange I Tantôt il penchait pour le prince de Joinville. On peut croire qu'il préparait son propre avènement. Le Président se moquait des divisions de ses adversaires : « C'est moi seul, disait-il, qui pourrais faire la fusion, mais il faudrait d'abord que j'en fisse fusiller quelques-uns pour mettre les autres à la raison. »

En face de lui se dressait Changarnier, commandant de Paris et fondé de pouvoirs de l'Assemblée. Vraiment ce preux soldat manqua de tactique et multiplia les imprudences. S'il demeurait sphinx entre les orléanistes et les légitimistes, il ne cachait guère son hostilité contre le Président. « Chaque dimanche, raconte M. Emile Ollivier (2), il réunissait à sa table, aux Tuileries, un certain nombre d'amis, surtout d'officiers, et là il criblait le prince d'épigrammes, blâmait ses actes, ridiculisait sa personne et s'ébaudissait sur ses dettes et ses galanteries; il l'appelait un perroquet mélancolique. » Ne vint-il pas un jour proposer à Montalembert d'entrer au ministère avec lui et Falloux, afin de lâcher la bride au Président, surtout en fait de politique étrangère, et de le perdre ainsi 3 :

A la revue de Satory (16 octobre), le ministre de la guerre, sur le désir du prince Louis, prescrit aux troupes de crier : Vive, le Président! Vive Napoléon! Changarnier leur ordonne de défiler en silence. Le malheureux commandant de la ligne, Neumayer, obéit à Changarnier, et, pour l'en punir, le prince Louis l'envoie en province. Sur ce, fureur de Chan-

(l) Journal, fin juin 1850.

Emile Ollivier, l'Empire libéral. 11, 293. (3; Journal, 1850.

DESTITUTION DE GHANGARNIER. 15

garnier, qui court chez le préfet de police, parle d'arrêter le Président et de le conduire à Vincennes dans un panier à salade. Le prince, maître de lui-même, dissimule longtemps, puis, le i janvier 1851, à l'occasion d'une sortie violente du général à l'Assemblée, déclare à ses ministres qu'il va le destituer. À cette nouvelle, les ministres effarés démissionnent; les chefs de la droite, réunis chez M. Mole, exigent comme condition absolue de leur concours le maintien du général. Que va-t-il advenir? On parle d'un soulèvement de l'armée. Montalembert inquiet court à l'Elysée. Il avoue que Changarnier s'est rendu impossible, mais supplie le prince de prendre patience, de ne pas frapper le général au moment où il vient de s'identifier en quelque sorte avec l'Assemblée. « J'échoue complètement, raconte-t-il ; je trouve chez le Président une résolution calme, inébranlable, d'en finir, de ne pas reculer : « Je ne passerai pas sous les Fourches Caudines « de l'Assemblée, (i) » — En sortant, Montalembert rencontre Daru, l'envoie faire une nouvelle tentative qui échoue pareillement.

Quelques jours après, Montalembert est rappelé à l'Elysée avec MM. Mole, Thiers, Berryer et quelques autres. Le prince leur annonce sa résolution définitive. Pendant une heure on le supplie, on le menace même. Montalembert soutient toujours que la mesure est dangereuse, inopportune. Thiers affirme que Changarnier a loyalement servi le Président, et celui-ci, regardant fixement son interlocuteur, réplique : « Vous oubliez qu'il a voulu me faire enfermer à Vincennes. » Puis il ajoute : « Je veux rester strictement dans la légalité et la Constitution. Rien ne vous empêche de nommer contre moi des commissions de permanence et même le président de l'Assemblée; mais vous ne pouvez m 'imposer le général de l'armée de Paris. » Les Burgraves se retirent dans la plus grande agitation.

Le 10 janvier, rapporte le Journal, la bombe éclate enfin : Changarnier est destitué! Thiers perd La tète (un peu par peur, à ce que dit Dam) ; Lasteyrie est plus vif que jamais.

(I) ■' I janvier 1851.

« Il faut le mettre en accusation! » crient les uns. — « Nommons un Comité de salut public! » disent les autres. — « Proclamons Changarnier président de l'Assemblée ! » insinue Thiers. Montalembert, tout en protestant contre les fautes commises par ses collègues, se range à cet avis. Mais, quand ils parlent à Dupin de donner sa démission, celui-ci se fâche tout rouge et les envoie promener.

Après une discussion de quatre jours, plus calme qu'on ne l'attendait, l'Assemblée, par il6 voix contre "286, blâma la conduite du pouvoir exécutif et déclara que Changarnier conservait sa confiance. D'accord avec le duc de Broglie, Odilon Barrot, Vitet et Casimir-Perier, Montalembert vota contre l'ordre du jour. Ce fut au cours de ces débats, dans an discours « merveilleux de finesse et de perfidie », que Thiers rompit avec l'Elysée et prononça la phrase célèbre : « L'Empire est fait! » Montalembert, tenté de lui répondre, fut retenu par l'incertitude du devoir : « Je recule, écrit-il dans son Journal, devant l'idée de me brouiller tout à fait avec les notables de l'Assemblée et de compromettre les intérêts religieux dont je suis, quoique indigne, spécialement chargé. (1) »

Les royalistes de l'Assemblée ne pardonnaient pas à Montalembert sa fidélité au prince Louis. Il avait pu s'en apercevoir le 10 décembre. Ce jour-là, l'orateur lut à la tribune un rapport sur la proposition de M. d'Olivier, relative à l'observation du dimanche. Prenant la question de très haut, il proposait simplement et franchement de rétablir « ce qui est dû à la majesté de Dieu et à la dignité du pauvre ». Ilénumérait les raisons de cette mesure, raisons supérieures, éternelles, qu'un Parlement anglais eût applaudies et respectées ; il disait :

« On se plaint partout que le secret du commandement est perdu, que l'autorité n'existe plus, qu'elle a perdu toute force morale, toute sécurité,

(1) Journal, 12 janvier 1851.

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