SUCCÈS DE CE DISCOURS
et perpétuelle envers les enfants du travail! (Adhésion prolongée.) Ah! çroyons-le, ces nuages amoncelés pas des mains ennemies ou égarées entre la mère et ses fils, disparaîtront un jour, et quand l'Église aura retrouvé dans le cœur des peuples modernes la place qui lui appartient, et rempli le vide immense qu'y laisse son absence, elle n'aura rien a regretter ni rien à envier au passé. On aura beau lui refuser toute influence dans les conseils des princes, toute intervention dans les lois et les traités, toute pompe officielle ou légale; elle n'en sera pas moins puissante et populaire, plus puissante peut-être que lorsqu'elle partageait le trône de Charlemagne, de saint Louis ou de Rodolphe de Habsbourg. »
Les» dernières paroles deMontalembert sont un acte de soumission filiale :
« Je ne saurais terminer une étude où j'ai touché, sur tant de points, à des matières religieuses d'une nature si délicate, sans remplir mon devoir de catholique, en soumettant toutes mes expressions comme toutes mes opinions à l'infaillible autorite de l'Église. (.4 ssentiment.) Après quoi je dirai avec M. de Maistre : Quand même ma respectueuse voix s'élèverait jusqu'à ces hautes régions où les erreurs prolongées peuvent avoir de si funestes suites, elle ne saurait y être prise pour celle de l'audace ou de l'imprudence. Dieu donne à la franchise, à la fidélité, à la droiture un accent qui ne peut être ni contrefait ni méconnu.»
Quand Montalembert eut terminé, rassemblée enthousiasmée, délirante, l'acclama longtemps. Le cardinal Stercks, archevêque de Malines, lui dit en propres termes : « Votre discours est excellent; vous avez eu beau dire que vous ne vouliez pas faire de la théologie, vous avez parlé en parfait théologien. » Quelques jours plus tard, M. Dechamps, mi- . /* nistre d'État, dans un toast aux catholiques étrangers, disait :
« Ce discours est un événement qui retentira longtemps dans le monde politique et religieux; mais c'est surtout en Belgique qu'il doit retentir. M. le comte de Montalembert nous a dit qu'il avait conçu son discours au pied de la colonne de notre roi. En effet, ces pages éloquentes ne sont qu'un magnifique commentaire de la Constitution belge. Je vous déclare, Messieurs, que je me promets bien, lorsque je remonterai à la tribune de mon pays, d'y porter en main le discours «le mon illustre ami. Je dirai à nos adversaires : voilà un programme démocratique et libéral! Nous le signons; osez-vous le signer? »
Le roi Léopold envoya à L'orateur ses vives félicitations* — « Vous avez ou dans cette circonstance do voire vie, lui écri-
ve
vait M. Guizot, le courage, le talent et le succès. Triple fortune rare, et dont vos amis absents ont joui avec le regret de n'y avoir pas assisté. Il restera des traces de votre passage sur la terre : vous y avez servi en même temps la foi chrétienne et la liberté. (1) »
Cependant le Journal de Montalembert nous le montre retiré à Rixensart, le château des Mérode, avec M. Cochin. Les deux amis se réjouissent ensemble du succès que leur cause vient de remporter ; puis ils vont s'agenouiller au pied d'un calvaire entouré de sapins et rendent grâces à Dieu de l'efficacité qu'il a donnée à leur parole. Car Cochin, lui aussi, a prononcé au Congrès, sur les sciences et la religion, un discours merveilleux de verve et très applaudi. En se relevant, ils se jettent dans les bras l'un de l'autre. « Je l'embrasse de tout mon cœur, raconte Montalembert, tant pour le féliciter de son immense succès à Malines que pour le remercier de son infatigable dévouement pour moi. » Mais l'orateur ne peut se le dissimuler, il a heurté de front des idées généralement reeues jusqu'alors à Rome et dans le monde catholique. Un nuage qui d'heure en heure va grandir et provoquer une tempête, s'aperçoit déjà à l'horizon. On a remarqué la froideur visible du cardinal Wiseman et de certains catholiques anglais. Le nonce de Bruxelles, Ledochowski, s'est montré glacial envers Montalembert. Celui-ci prévoit que ses discours vont être disséqués avec soin et dénoncés au Saint-Office. « Il faudra peut-être, écrit-il, que je me prépare à subir une épreuve plus grave et plus imprévue que toutes celles qui m'ont accablé jusqu'ici, celle d'une censure à Rome. Dieu sait que je ne me suis embarqué dans cette campagne de Malines qu'à contre-cœur et avec les motifs les plus purs. Il me donnera, je l'espère, la force de me soumettre patiemment à tout ce qui m' arrivera. »
(1) 29 octobre 1863.