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LUTTE ENTRE L'ASSEMBLÉE ET LE PRESIDENT

temps, le prince remplaçait le ministère Faucher par une réunion d'hommes obscurs et dociles; le général Saint-Arnaud était seul maintenu à la s'uerre.

ÏII

L'Assemblée reprit ses séances le i novembre. Rien de pénible comme la situation de Montalembert et de ses trois collègues, le duc de Broglie. Daru et Odilon Barrot. Chargés par le groupe des Élyséens de s'entendre avec le Président et les diverses fractions de la majorité, ils s'obstinaient à empêcher la rupture ouverte entre les deux pouvoirs : ils allaient de l'un à l'autre, prêchant la concorde et la paix et n'aboutissaient qu'à mécontenter tout le monde. Le prince leur montrait de la froideur et de la méfiance, tandis qu'ils devenaient de plus en plus suspects aux royalistes et aux parlementaires. a Malgré tous vos efforts, disait à'Montalembert le poète polonais Sigismond Krasinski. Louis Bonaparte viendra à bout de tout renverser, et vous, ses amis, comme ses adversaires. Il est de l'espèce de ces princes de la fin du moyen âge qui ont abattu les républiques italiennes. »

Dès la première séance, le Président demanda l'abrogation de la loi électorale du 31 mai. Par un euphémisme singulier, M. Emile Ollivier voit là une caresse, une avance du prince aux représentants 1 . L'Assemblée, elle, y vit une provocation. Pouvait-elle se déjuger de la sorte, déclarer mauvais qu'elle avait voté cinq mois auparavant, à une majorité considérable? Aussi la commission chargée d'examiner le projet et composée en grande partie d'Élyséens conclut-elle au rejet pur et simple. Toutefois, pour montrer ses intentions conciliantes, elle délégua Montalembert auprès du Président, « Nous ne pouvons accepter la reculade déshonorante que voii^ nous demandez, dit-il; mais une loi sur l'organisation municipale est à l'ordre du jour. Nous sommes prêts à y introduite un article réduisant à une année le domicile que la loi du .'il mai a fixé à trois ans pour les électeurs. Cette modifîca-

(1) L'En

tion sera applicable aux élections politiques comme aux élections municipales. Nous proposons également de substituer à toutes les formalités compliquées de la loi actuelle, la simple notoriété comme preuve légale du domicile d'une année. De la sorte, plusieurs millions de citoyens rentreront dans leur droit électoral. » Le prince répondit qu'il n'accepterait aucune transaction ; sa volonté d'en finir semblait irrévocable. « Prince, souvenez-vous de Charles X! » lui dit Montalembert en le quittant. Il répliqua : « Je ne suis pas un Bourbon, mais un Bonaparte. (1) » D'ailleurs, ses affidés travaillaient en secret le groupe de la rue des Pyramides et, à la stupéfaction générale, l'abrogation de la loi du 31 mai ne fut rejetée qu'à trois voix de majorité.

Le jour même où le Président réclamait l'abandon de la loi électorale, les quatre délégués élyséens, Montalembert, Daru, Odilon Barrot et le duc de Broglie se réunirent aux délégués des fractions adverses, Mole, Thiers et Vitet. Ces derniers firent part aux autres d'une proposition qui venait d'être arrêtée et que devaient déposer les questeurs de la Chambre. Elle avait pour but de promulguer comme loi, en le faisant mettre à l'ordre du jour de l'armée et afficher dans toutes les casernes, un décret rendu par la Constituante en 18i8, et qui permettait au président de l'Assemblée de requérir directement, sans aucune intervention du ministre de la guerre, la force armée nécessaire àla sûreté des représentants. Cette mesure eût été justifiée, si les députés eussent connu les préparatifs militaires du coup d'État; autrement, elle semblait une déclaration de guerre. C'est pourquoi Montalembert la combattit énergiquement. « Si le Président nous provoque, dit-il, je ne veux pas répondre à sa faute par d'autres fautes. Après avoir repoussé sa proposition, je ne m'associerai à aucune des mesures qui auraient le caractère de représailles, qui alarmeraient le pays déjà trop inquiet et achèveraient de perdre l'Assemblée dans l'opinion publique. »

La proposition des questeurs fut discutée le 17 novembre, a dans la séance la plus orageuse peut-être que j'ai vue de

(1 Lettre à Daru et. Journal.

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